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1917-1918 : de la lassitude à l'espoir dans le Loiret

Carte de rationnement de pain.

Carte de rationnement de pain.

(Arch. dép. du Loiret, cote 20M52)

08/08/2014
La mobilisation de l’économie au service de la guerre bouleverse le quotidien des Loirétains. En 1917, la guerre se prolonge et la population subit le coût de la vie. En 1918, elle reprend confiance dans la victoire malgré les sacrifices.
Difficile vie quotidienne
À partir de 1916 commence à se faire sentir, particulièrement en ville, la pénurie de certaines denrées comme le sucre. La guerre s’éternise. Il faut organiser le rationnement. La carte de sucre autorise, en mars 1917, 750 grammes par personne par mois puis seulement 500 en août. Le pain fantaisie et le croissant sont proscrits. Le taux de blutage de 74 % avant-guerre est porté à 77 % en avril 1916 et à 85 % en juillet 1917.Au 1er février 1917, pâtisseries et confiseries ferment deux jours par semaine. À partir de mai 1917, les lundis et mardis sont des jours sans viande. En avril 1918, sont instaurées la carte individuelle d’alimentation et la carte de pain nationale. En juin 1918, avec cette dernière, les enfants et les vieillards n’ont que 200 grammes de pain (toujours vendu rassis) par jour, les jeunes et les adultes 300 et les travailleurs 400. En octobre, la ration des travailleurs passe à 500 et celle des enfants à 300. Le député-maire d’Orléans déclare au Conseil général que "l’avenir de la race exige que les enfants aient droit à 300 grammes au moins à partir de huit ans"... Le charbon, le pétrole, l’essence et l’électricité sont aussi rationnés.

La baisse de la production agricole, le manque de transports et les réquisitions militaires suscitent, en 1917, la pénurie alimentaire et une forte hausse des prix. Elle bénéficie aux producteurs et aux intermédiaires mais ce sont les consommateurs urbains qui en souffrent. De l’automne 1914 à l’automne 1918, le prix du pain n’augmente que d’un tiers mais celui des œufs, de la viande et des produits laitiers triple, le poulet quadruple, le beurre quintuple... Les pouvoirs publics multiplient les mesures de taxation et de contrôle, ce qui fait vite disparaître du commerce les marchandises visées ou abaissent leur qualité... Pour tenter de remédier à l’insuffisance et à la cherté du ravitaillement, Orléans crée, en août 1916, un comité municipal d’approvisionnement chargé d’acheter toutes sortes de denrées, comme les pommes de terre et les haricots à la production pour les revendre aux halles sans autre bénéfice que l’amortissement des frais.

1917, l’année trouble
La prolongation de la guerre accroît le nombre des victimes et la dégradation de la vie quotidienne des civils. L’opinion est ébranlée par le gâchis des vaines offensives "à la Nivelle", l’annonce des événements révolutionnaires en Russie et le renchérissement brutal des prix que ne compense pas la hausse des salaires. La vie chère suscite des conflits sociaux. Les travailleurs les plus mal payés, notamment les ouvriers des usines de guerre et les auxiliaires des services publics, revendiquent une indemnité de vie chère et la semaine anglaise de cinq jours. Le 5 juin, les couverturières font grève et obtiennent une indemnité de 1 fr par jour. Le 6 juin, les "munitionnettes" manifestent : elles réclament un salaire de 5 frs pour toutes, revendication acceptée, et la semaine anglaise qui leur est refusée. Le 7 juin, l’augmentation de salaire des ouvriers des Automobiles Delaugère, en grève, leur est octroyée. Idem les 7-8 juin pour les "cheminotes", le 10 juin pour les sous-agents des PTT, le 28 juin les "cheminots", le 24 juillet les auxiliaires des tramways, le 13 août les couvreurs, zingueurs et plombiers, etc. À Montargis, chez Hutchinson, il y a grève les 17, 18, 19 septembre.

Ainsi, l’agitation sociale prend forme spontanément en juin 1917 puis continue de façon sporadique et brève. Elle touche beaucoup de corporations mais affecte principalement le textile et la métallurgie. Les femmes jouent un rôle important en protestant contre la vie chère. Aucune grève n’avance de revendication politique concernant la guerre, même si les protestations favorisent la reprise de l’activité syndicale. Autour de la Bourse du travail, la CGT réorganise les syndicats par branches. Ceux des métaux, de l’habillement militaire et des cheminots sont particulièrement actifs. Le 13 janvier 1918, en présence de Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT, se tient le Congres départemental des syndicats ouvriers du Loiret. Il aborde surtout des questions professionnelles, le système Taylor, la journée de 8 heures, la semaine anglaise, la vie chère... mais les idées d’internationalisme ouvrier et surtout de paix sont à l’ordre du jour.

1918, l’année décisive
En novembre 1917, l’opinion publique reprend confiance avec la formation du Gouvernement Clemenceau et l’arrivée des troupes et du matériel américains. Au printemps 1918, les grandes offensives allemandes inquiètent mais sans provoquer la panique parmi la population du Loiret qui voit affluer les réfugiés parisiens. Le 1er mai est pour les syndicats "un jour d’angoisse et de souffrance". Le commissaire spécial de sûreté générale indique qu’en juillet la population voit "échouer avec joie la grande offensive allemande et avec enthousiasme nos troupes passer victorieusement à la contre-offensive".

En août, il note "qu’une ferme confiance règne dans tous les milieux et rien ne saurait l’ébranler, la certitude de la victoire ne fait plus de doute pour personne"... En octobre, toujours selon lui, "la population toute entière aspire à la paix mais une paix qui mette l’Allemagne dans l’impossibilité de tenter une nouvelle agression et qui lui fasse payer les frais de la guerre". La signature de l’armistice, le 11 novembre, est accueillie avec joie et soulagement. Dans toutes les communes, les cloches qui avaient sonné la mobilisation, carillonnent enfin la victoire. Mais le retour à la vie normale s’annonce difficile...

J.M. Flonneau




Rédigé par Gwenaël Cuny

mise à jour le 8 août 2014



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