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1685 : le Loiret face à la révocation de l'édit de Nantes

Signature de l'édit de Nantes par le roi Henri IV le 13 avril 1598 (gravure).

Signature de l'édit de Nantes par le roi Henri IV le 13 avril 1598 (gravure).

(Photo Rue des archives)

14/09/2005
La construction de l'État absolutiste conduit Louis XIV à restaurer l'unité religieuse du royaume d'abord par la "douceur" puis avec brutalité. En révoquant en 1685 l'édit de Nantes, il porte un coup presque mortel au protestantisme orléanais.
Trêve et coexistence. En Orléanais, le protestantisme sort décimé de 35 ans de guerres de Religion. Par l'édit de Nantes en 1598, Henri IV impose une trêve et fait de son royaume le seul pays européen où "coexistent" deux religions. 856 000 Huguenots - 4 % de la population du royaume - bénéficient de la liberté de conscience et de 150 lieux de sûreté. La province synodale Berry-Orléanais en compte 15 000, à Neuville-aux-Bois, Mareau-aux-Bois, Chilleurs, la place forte de Jargeau, Gien (160), Châtillon-sur-Loire (280), Orléans (un millier), etc.

Des familles nobles, les de la Taille au château de Bondaroy, les du Lac à celui de Chamerolles sont calvinistes. Le sont aussi d'autres petits nobles, des bourgeois négociants, entrepreneurs ou des professions libérales, médecins, avocats, etc. A Orléans, ville épiscopale, les Réformés sont obligés d'aller au temple de Bionne construit en 1599. L'édit de Nantes n'étant qu'un armistice, Louis XIII écrase des révoltes huguenotes. Les Réformés perdent en 1621 Jargeau. En 1629, l'édit de grâce d'Alès désarme le parti politico-militaire huguenot. En 1643 Gaspard IV duc de Châtillon-sur-Loing, dernier descendant mâle de l'amiral Coligny abjure le protestantisme !

Séduction et représailles.
A son avènement Louis XIV espère restaurer l'unité religieuse de son royaume. De 1661 à 1679 il use de moyens pacifiques. Il soutient les missions catholiques, limite le nombre des lieux et les pratiques du culte réformé et tente d'acheter des "conversions" par des primes et des exemptions d'impôts. Mais il ne convertit qu'une minorité de Réformés tièdes, isolés ou "mondains" et renforce au contraire la résistance des plus convaincus. A partir de 1679 il passe à la répression, exclut les Réformés des offices seigneuriaux ou royaux, des professions libérales, de certains métiers du négoce ou de l'artisanat.

Des dragonnades commencent au printemps 1681 en Poitou et s'étendent à l'été 1685 dans le royaume. Les Réformés doivent loger et nourrir chez eux une brutale soldatesque et beaucoup abjurent pour obtenir son départ. En 1684 leur culte cesse à Bondaroy, le temple de Châtillon-sur-Loire est détruit. Publié le 17 octobre 1685, l'édit de Fontainebleau révoque celui de Nantes. Dès le 25 octobre le temple de Bionne est détruit. Le dimanche 11 novembre 5 compagnies de soldats arrivent à Orléans loger chez les Réformés et dès le mardi il n'y a plus d'Huguenots ! Mais les soldats sitôt partis... Le travail de conversion est à refaire !

Une religion en survie.
Début 1686 des soldats reviennent mais cette fois-ci l'évêque d'Orléans, Mgr de Coislin prend à sa charge leurs logements et nourriture. Dans ses Mémoires Saint-Simon loue "cette conduite pleine de charité" qui "gagna presque autant de Huguenots que la barbarie qu'ils souffraient ailleurs" ! Les "Nouveaux Convertis" n'ont qu'une pratique minimale du catholicisme. Certains maintiennent leur culte clandestinement et illégalement en s'assemblant au "désert" dans des caves ou des carrières comme à Châtillon-sur-Loire. Malgré l'interdiction d'émigrer sous peine de galères pour les hommes et de prison pour les femmes, 12 à 16% des Réformés - 1 % de la population française - tentent le "refuge" en Suisse, Hollande, Allemagne ou Angleterre.

Ainsi, en 1687, Daniel Streing, fils d'un couple calviniste marié en 1650 à Chamerolles, gagne l'Amérique du Nord, ses lointains descendants ne l'oublieront pas en participant à la restauration du château ! Au 18e siècle, l'Orléanais compte de 2 000 à 6 000 Réformés. Vers 1775 le pasteur Racine tente de restaurer le calvinisme. En 1787 les Réformés obtiennent la liberté civile par un édit royal publié sous l'influence du ministre d'Etat Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes mais ils doivent attendre la Révolution pour la liberté religieuse.

J-M.Flonneau




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mise à jour le 13 octobre 2011



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