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Le Loiret tout sucre tout miel

En région Centre, la filière de l'apiculture emploie près de 350 personnes.

En région Centre, la filière de l'apiculture emploie près de 350 personnes.

(Photo D.R)

19/07/2003
Producteurs amateurs ou professionnels, transformateurs, négociants et, sans aucun doute, consommateurs de miels sont omniprésents dans le département. Il faut dire que divers atouts en font un haut lieu de l'apiculture française.
Malgré les problèmes, une filière solide. Généralement assez discrète, la filière apicole a récemment défrayé la chronique dans des circonstances peu plaisantes : la défense de ses ruches contre les agressions des insecticides agricoles. Il faut dire que, ces derniers temps, certaines substances phytosanitaires mettent à mal "le délicat équilibre de la nature, entre la fleur, l'abeille et l'homme", ainsi que le définit Jacques Goût, dans son Musée vivant de l'apiculture gâtinaise, à Château-Renard. Il n'empêche, à l'instar de ce défenseur du très prisé miel du Gâtinais, les nombreux professionnels du département témoignent d'une filière solide, décidée à pérenniser son savoir-faire en dehors des "zones rouges", à risque, de l'agriculture moderne.

D'ailleurs, le Loiret, ainsi que toute la région Centre, se prête plutôt bien à la fabrication, par les abeilles, de miels de crû : l'apiculture de transhumance permet d'obtenir divers miels monofloraux, comme le miel d'acacia, en bord de Loire, de bruyère, en Sologne, etc. Une réponse qualitative aux baisses de production enregistrées par les apiculteurs. "J'ai abandonné les grosses miellées de tournesol (plante dont les traitements de type Gaucho ou Régent sont incriminés par les apiculteurs, NDLR) que je vendais en gros, au profit de récoltes plus raisonnables de miels de crû que je commercialise moi-même au détail, sur les marchés et dans les épiceries fines", explique ainsi Michel Trémeau, installé avec 500 ruches à Mareau-aux-Prés.

Agriculture contre apiculture.
Et l'exemple de cet "artisan du miel", comme il se définit lui-même - il situe son objectif de production à 10 tonnes par an -, traduit la solution de repli choisie par nombre de ses collègues. Des collègues professionnels justement, c'est à dire ceux qui disposent d'au moins 200 ruches, il n'en a plus qu'une vingtaine dans le département. Contre une trentaine il y a quatre ans ! Comme André Prévost, installé à Bougy-lez-Neuville (650 ruches), beaucoup n'ont pas supporté de voir leur production réduite de moitié ou leurs ruches amputées de 30% chaque année depuis 1995 : "Conditionner moi-même mon miel est devenu vital pour mon exploitation", raconte cet apiculteur proche de la retraite.

Avant de regretter : "Pour moi, apiculture et agriculture sont devenues incompatibles, d'une part en raison de substances de plus en plus dangereuses pour les abeilles et, d'autre part, en raison d'autres mauvaises pratiques agricoles. Ce qui est dommage, c'est que le débat peine à éclore car on refuse bien souvent de mêler l'image des pesticides agricoles à celle, plus noble, du miel". A 32 ans, Sylvain Vayssade, l'un des très rares jeunes apiculteurs à s'être installé depuis une dizaine d'année, à Pierrefite-ès-Bois, préfère, pour sa part, " discuter avec (ses) collègues agriculteurs " qui, dit-il, "s'adaptent".

Pour la pollinisation des cultures.
Cependant, pour produire du mieux possible, il anticipe les pertes dans son cheptel et pratique surtout une importante transhumance de ses abeilles "dans toute la région, sur des terrains prêtés par des particuliers en échange de miel". Une pratique bien rôdée, tout comme la location de ruches pour la pollinisation de certaines cultures (semences), très répandue, et qui témoigne d'une forte tradition apicole, nécessaire à l'équilibre de l'environnement.

Et si, démographiquement, on pourrait s'interroger sur l'avenir des abeilles à proximité des zones agricoles, il en va tout autrement sur le plan économique. Chiffres à l'appui, grâce à un audit filière mené en 1999, Marc Jeanjean, président de l'Adapic (Association pour le développement de l'apiculture en région Centre), évoque quelque 250 emplois de production et une centaine en amont comme en aval de la filière.

2 000 tonnes de miel par an.
Et d'expliquer : "Si le Centre produit 2 000 tonnes de miel chaque année, ce sont 4 000 tonnes qui y sont négociées au total. Pour un chiffre d'affaires global (production et négoce confondus) de plus de 25 millions d'euros. Sans compter l'impact sur la pollinisation de 10 000 hectares de cultures agricoles (plantes porte-graines fourragères et légumières), générant, pour leur part, 99 millions d'euros de chiffre d'affaires".

L'amont et l'aval, qui pèsent tant sur l'activité apicole de la région et, surtout, du Loiret, ce sont d'abord les établissements Thomas, à Fay-aux-Loges. "Nous faisons à la fois du négoce et de la fabrication de matériels divers pour les apiculteurs professionnels, bien sûr, mais aussi les amateurs", explique le successeur de la famille Thomas, dans l'apiculture depuis 1905. Dans ces ateliers sont conçus des maturateurs, extracteurs, machines à désoperculer et autres appareils en inox uniques en leur genre à destination de 100 pays dans le monde. "L'export, c'est 40% de notre activité et nous sommes 1er en Europe sur la fabrication".

Industrie et niche haut de gamme. A la Société de Conditionnement des Miels Villeneuve, à Villemandeur, on achète non seulement la production locale mais aussi internationale. Avec succès : "Il n'y a qu'une dizaine de transformateurs comme nous en France et nous vendons 35 variétés de miels, aussi bien du miel conditionné pour les particuliers (en magasin), que des miels pour l'industrie pharmaceutique, cosmétique et agroalimentaire". Mais le conditionnement est aussi l'affaire de plus petites structures.

C'est le cas, par exemple, des producteurs indépendants, présents sur les marchés, et des groupements, comme la SNC familiale des Apiculteurs associés, à La Ferté-Saint-Aubin. "Face à la chute des cours du miel et l'arrivée du Gaucho, nous avons fait le pari du négoce de miels de crû exclusivement", dit Florent Vacher, fier de tirer son épingle du jeu en transformant et commercialisant plus 300 tonnes de miels français haut de gamme dans les grandes surfaces (Auchan, Carrefour, Metro, Leclerc, etc.). Ici, on s'apprête même à créer deux nouveaux emplois, grâce à une activité pâtisserie en pleine croissance. Quand l'apiculture permet encore de faire son miel !

L.Bigot

C'est pratique

  • ADAPIC
    Cité de l'agriculture
    13, avenue des Droits de l'Homme
    45921 ORLÉANS Cedex 9
    Tél./Fax : 02 38 71 91 03
    Email : adapic.asso@wanadoo.fr
  • Musée vivant de l'apiculture gâtinaise
    La Cassine
    Route de Chuelles à Château-Renard
    Tél. : 02 38 95 35 56
    Pour en savoir plus : www.museevivant.com.

Avis aux amateurs !

Si l'on est considéré comme apiculteur professionnel à partir de 200 ruches, les acteurs de la filière apicole sont formels : il en faut 500 à 600 pour envisager d'en vivre correctement. Or, les apiculteurs les plus nombreux sont essentiellement des apiculteurs de loisir, puisqu'ils représentaient, en 1999, lors de la réalisation de l'audit régional de l'Adapic, 97% des possesseurs de ruches ! A l'époque, le Loiret comptait encore 20 000 ruches et 1 000 propriétaires, dont à peine 30 professionnels. Parmi les amateurs, auxquels ils vendent du matériel, les établissements Thomas se félicitent de compter quelques célébrités, comme, en son temps, un certain François Mitterrand...



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mise à jour le 5 janvier 2012



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