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Quand La Ferté jouait "La règle du jeu"

Un chef d'oeuvre tourné à La Ferté Saint-Aubin.

Un chef d'oeuvre tourné à La Ferté Saint-Aubin.

(Photo DR)

30/04/2001
Plus de 60 ans après le tournage en Sologne de l'un des monuments du cinéma, "La règle du jeu", le souvenir du passage de l'équipe de Jean Renoir reste présent dans quelques mémoires.
Un chef d'oeuvre interdit de diffusion. "La règle du jeu, c'est le credo des cinéphiles, le film des films, le plus haï à sa sortie, le plus apprécié ensuite jusqu'à devenir un véritable succès commercial (...)". Cet éloge est signé d'un maître du septième art, François Truffaut. En 1939, quand Renoir, qui vient d'achever La bête humaine, s'attaque au tournage des extérieurs de La règle du jeu à La Ferté Saint-Aubin et à Brinon-sur-Sauldre, il est loin de se douter que son nouveau film sera l'un des chefs-d'oeuvre du cinéma français. A sa sortie, le film fait un bide. Jugé "démoralisant", il est même mutilé et interdit de diffusion...

De nouveau à l'affiche dans sa version intégrale en 1959, il sera finalement considéré comme l'un des dix plus grands films de l'histoire du cinéma.L'un des moments-phares de ce "drame gai", se déroule lors d'une partie de chasse en Sologne et d'une fête déguisée au château de La Ferté, scènes tournées en février-mars 1939. Cinquante ans plus tard, dans le cadre du "Premier siècle du Cinéma", le réalisateur orléanais Patrick Métais a eu la bonne idée de faire revivre dans un documentaire produit par Images fabriquées et Canal 8 Le Mans les "Histoires d'un tournage en Sologne".

Le décorateur Max Douy et la comédienne Mila Parély reviennent alors à La Ferté pour évoquer leur travail sous la direction de Renoir. Parmi les anecdotes du tournage, Mila Parély raconte ainsi son arrivée au château, inondée sous les lances à eau des pompiers de La Ferté qui simulaient la pluie, ce qui avait eu pour effet d'endommager le manteau et la toque d'ocelot confiés par Coco Chanel à l'actrice alors âgée de 22 ans...

Une mission de dresseur-dompteur. Les prises de vue fertésiennes de La règle du jeu n'ont en fait duré que deux ou trois jours. "Comme il n'y a pas eu de tournage au coeur de la commune, au contact direct de la population, l'événement a assez peu marqué les mémoires", constate Patrick Métais. Robert Vétois avait moins de 15 ans lorsque Renoir a débarqué en Sologne. Embauché comme figurant, il jouait l'un des rabatteurs de la célèbre partie de chasse, aux côtés de son cousin, auquel il s'était amusé à faire un croche-pied ignorant que cette farce resterait gravée sur la pellicule du cinéaste. On lui avait aussi confié par deux fois une mission de dresseur-dompteur consistant à lâcher un magnifique coq-faisan blanc devant les chasseurs et à faire grimper deux écureuils sur un gros bouleau.

Robert Vétois se souvient en outre avoir apporté sa musette pour pique-niquer à la table voisine de l'équipe du tournage et obtenu le droit d'engloutir quelques restes sympathiques de leurs agapes, gâteau et vin compris ! Et puis il y avait "la voiture avec un nez long comme ça de Roland Toutain", peut-être une Delahaye, un engin propre à ébahir les mirettes d'un jeune Solognot... Robert Champion, lui, n'avait que 11 ans au moment du séjour de Renoir sur la propriété des Réaux où son père était garde-chasse. "Lorsque je n'avais pas d'école, le jeudi, j'assistais au tournage de quelques scènes, mais à bonne distance, car on ne nous laissait pas approcher de trop près, se remémore-t-il. De plus l'équipe du film venait boire un coup à la maison où Renoir avait organisé un débit de boisson".

Lapins cabots. Il garde également en mémoire le "remue-ménage" que faisaient ces "amuseurs" de Marcel Dalio et Roland Toutain : "Toutain jouait de l'accordéon et faisait danser les filles sur la place du village de Brinon", se rappelle-t-il. Enfin, Robert Champion se souvient que les lapins de la fameuse partie de chasse ne détalaient pas bien vite devant les fusils, amorphes qu'ils étaient d'avoir attendu quinze jours en cage, avant d'être libérés. "Renoir a voulu utiliser notre chatte comme figurante, mais elle s'est sauvée à toute vitesse et on ne l'a revue que huit jours plus tard !".

J.Huguenin

Les grands tournages du Loiret

Depuis "Jéricho", tourné en 1927 dans le Gâtinais, jusqu'à "De l'histoire ancienne", réalisé par Orso Miret en 1999 dans l'Orléanais, le Loiret a servi de cadre à une trentaine de longs métrages de fiction, parmi lesquels :
- 1945 "Raboliot" de Jacques Daroy (Vannes-sur-Cosson)
- 1964 "Relaxe-toi Chérie" de Jean Boyer (Orléans)
- 1965 "On a volé la Joconde" de Michel Deville (Gâtinais)
- 1966 "Fahrenheit 451" de François Truffaut (Châteauneuf)
- 1967 "Fleur d'oseille" de Georges Lautner (Gâtinais)
- 1968 "Le cerveau" de Gérard Oury (Orléans)
- 1972 et 1973 "Les Zozos" et "Pleure pas la bouche pleine" de Pascal Thomas (Montargis)
- 1973 "R.A.S" d'Yves Boisset (Coligny et Orléans)
- 1976 "Police Python 357" d'Alain Corneau (Orléans)
- 1983 "Canicule" d'Yves Boisset (Artenay et Orléans)
- 1984 "Les fausses confidences" de Daniel Moosmann (Neuville-aux-Bois)
- 1987 "Le moustachu" de Dominique Chaussoy (Orléans)
- 1994 "Le nouveau Monde" d'Alain Corneau (Meung-sur-Loire et Bricy)
- 1998 "La vie rêvée des anges" d'Eric Zonca (Orléans)
- 1999 "Promenons-nous dans les bois" de Lionel Delplanque (Ligny-le-Ribault).

"La Règle du Jeu" en bref

  • Durée : 110 minutes.
  • Production : N.E.F.
  • Scénariste / Réalisateur : Jean Renoir.
  • Photographie : Jean Bachelet.
  • Musique : Roger Désormières.
  • Interprètes : Marcel Dalio (La Chesnaye), Mila Parély (Madame de Marrast), Nora Gregor (Christine), Roland Toutain (Jurieux), Jean Renoir (Octave).



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mise à jour le 19 janvier 2012



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