Expo femmes 2026 : "L'amour en héritage"

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Département met en lumière comme chaque année des Loirétaines à travers une exposition photo à voir du 09 au 31 mars 2026, à l'Hôtel du Département, à Orléans. Cette année, dix-huit portraits de générations se livrent à l’œil de la photographe Tiphaine Delauzun. Pour la 8e édition, grands-mères, mères, filles et petites-filles mêlent leurs voix et partagent "L’amour en héritage".

Expo Femmes 2026 - Brigitte et Lucie appartiennent à la terre de Saint-Péravy

Brigitte, surnommée affectueusement mamieLie par sa petite-fille Lucie, a élevé cinq enfants sur l’exploitation de Saint-Péravy-la-Colombe que son mari avait reprise de son père qui l’avait reprise de son beau-père.
Elle fut l’une des dix premières travailleuses familiales rurales formées en France : après une naissance, elle aidait les familles (repas, soins au bébé, à la maman…). Après son mariage, elle rejoint la ferme. Elle cuisine pour tous, s’occupe des 150 moutons avant de monter un élevage de 150 lapins pour être indépendante : « Je n’ai rien gagné, mais c’était à moi ! ».
Puis, Jean-Sébastien, un de ses fils, reprend l’exploitation. Durant les vacances, à 15 ans, Lucie y conduit les Fenwicks, trie les pommes de terre, s’occupe des expéditions… Ensuite, l’agriculteur crée une usine de conditionnement et production d’oignons à Patay. Actuellement, Lucie y est commerciale. Même si elle ne se considère pas comme agricultrice, elle travaille dans le monde agricole qui lui plaît énormément : « J’ai toujours été dedans. J’en connais les contraintes. J’ai encore un pied dedans et envisage plus tard d’y revenir en m’occupant notamment de l’administratif. »

Expo Femmes 2026 - Bujuna, Iris, Hana et Eva, une partition à quatre voix

Bujuna est née en 1951 en Albanie. Son père, ministre, s’est opposé au parti. Il fut placé en semi-liberté, puis en prison où il mourut. Sa mère a élevé seule ses quatre enfants : « Chaque dimanche, elle servait une assiette en mémoire de son mari. »
À 50 ans, Bujuna demande l’asile à la France. Celle qui rêvait d’être cheffe d’orchestre a transmis à Iris, sa fille, le goût de la musique classique. « Je l’enseigne aussi à Hana (12 ans) et Éva (7 ans), mes filles », déclare Iris. Celle-ci a rejoint ses parents à Orléans après des études de traduction (grec, anglais et albanais) et de lettres à Athènes. « Parce que toute ma vie, j’ai vu ma mère lire dès qu’elle avait un moment, j’ai hérité de son amour pour la littérature… et, parce que je lis souvent, mes filles aiment la lecture. »
Ensemble, toutes les quatre parlent albanais, « la langue maternelle. C’est important ! Et quand nous sommes en famille, nous chantons des chants folkloriques albanais. » Iris a plein de souvenirs de son enfance. « J’essaie d’en conserver la mémoire
et la raconte à mes filles : j’écris et décris beaucoup cette époque. Le passé et le futur se rejoignent dans la transmission. Ma mère m’a inculqué que tout peut toujours s’arranger : tel un Phénix elle renaît après chaque difficulté. Elle m’a appris le courage, l’importance de ne pas oublier l’histoire pour ne pas reproduire les erreurs, l’amour pour la liberté, la justice, l’insoumission : je voudrais que mes filles se lèvent pour les droits de l’homme. »

Expo Femmes 2026 - Clémentine, Chiara, Tea et Sienna, justaucorps, équilibre et pyramides...

Clémentine est l’entraîneuse principale bénévole des Galaxy Cheer de Châlette-sur-Loing depuis 15 ans. « C’est par le biais du football américain que je me suis intéressée au cheerleading dont les performances sportives m’impressionnaient. J’ai créé la première équipe de la région centre. J’étais coach et cheerleadeuse… avec ma fille aînée dans son cosy au bord du praticable. En plus de Chiara, qui rêve de rejoindre une équipe de haut niveau aux États-Unis, j’ai eu Tea et Sienna, toutes cheerleadeuses. Je leur transmets la technique sportive mais surtout le sens du bénévolat, c’est important. »
Les trois soeurs consacrent donc leur temps libre à pratiquer et aider leur mère à enseigner… Cette discipline leur apporte « une activité physique, une famille élargie avec laquelle on part en compétitions internationales et en démonstrations. On se crée aussi plein de souvenirs, on développe le sens de l’engagement car si l’une manque, les autres ne peuvent pas exercer… On mange, on dort, on pense tout le temps cheerleading qui rythme nos journées.» Cheerleading, c’est une histoire de transmission familiale : de la maman aux filles, en passant par le papa... tout le monde transmet aux autres... cela fait la fierté de Clémentine.

Expo Femmes 2026 - Élisabeth et Marion mènent la danse

« Je danse depuis l’âge de 4 ans… et sûrement avant ! La danse, c’est en moi ! » s’exclame Élisabeth, danseuse et chorégraphe. « Déjà à l’internat, j’aimais faire danser mes camarades, puis, je suis devenue professeure. C’est valorisant de voir les progrès et comment la danse peut aider à être bien dans son corps. Plus tard, Marion, ma fille, a commencé la danse a 4 ans aussi. Elle a participé à tous mes spectacles. »
Et Marion, danseuse et chorégraphe également, ne voulait que danser. « Puis, à la fac, j’ai découvert la pédagogie, ça a été la révélation et cela fait maintenant quinze ans que je suis professeure. Transmettre, c’est échanger, partager avec mes élèves et aussi avec ma mère. » Aujourd’hui, mère et fille communiquent beaucoup : « C’est hyper riche quand j’ai un doute », se réjouit Marion. « Nous avons aussi beaucoup de discussions à propos de livres ou de spectacles que nous voyons toutes les deux, nous suivons aussi des stages ensemble ! », complète Élisabeth.
Celles qui ont beaucoup dansé à l’unisson partagent la même joie car en la matière, s’il y a de « la rigueur - ce qui est très formateur - la fantaisie, l’imaginaire et le plaisir interviennent aussi... et la danse est merveilleuse car elle allie tout cela ! »
Et Élisabeth de conclure par une citation de Pina Bausch : « Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus.»

Expo Femmes 2026 - Francia et Flora voient la vie en rose

Rosiéristes, elles sont issues d’une famille de pépiniéristes. Francia, ne voulait pas faire ce métier : petite, elle a travaillé avec son père, un patriarche. Ses rêves : vivre en ville et porter des talons hauts. Alors, à 18 ans, elle part, habite Orléans, exerce plusieurs métiers. Puis, elle achète un terrain jouxtant celui de ses parents où poussent des plantes. Elle se dit : « Pourquoi pas ? » Elle cultive donc rosiers et autres végétaux, même si elle s’était jurée ne jamais y toucher. Ça lui a plu. Alors, elle agrandit, produit pour André Eve, ouvre au public, construit sa maison sur le terrain. « Ici, c’était une page blanche, j’ai tout construit. »
À 8 ans, Flora, sa fille unique, monte sur le tracteur, à dix, elle aide avec les plantes… « Il n’y avait pas d’obligation, je rendais service. Ça forge ! L’école n’étant pas mon amie, j’ai étudié au lycée horticole de la Mouillère. J’ai repris l’entreprise, en janvier 2011, tandis que Francia levait le pied. Francia me l’a transmise avec son nom, qui est connu même à l’étranger. Je me sens héritière. Il a fallu me faire une place. C’est un métier difficile et Francia m’a aussi transmis le courage. Aujourd’hui, on cultive plus de huit cents variétés de roses, on conserve aussi des espèces. C’est de l’orfèvrerie. »
Flora a deux enfants : un garçon et une fille à qui elle a transmis l’amour de la nature. Cette dernière s’intéresse aux légumes, aux ruches et travaille à mi-temps avec sa mère. Cette histoire prend l’expression au pied de la lettre : ces femmes sont nées dans une rose.

Expo Femmes 2026 - Frédérique et Anouck, un même regard

« J’ai le virus de la solidarité et de l’entraide depuis très longtemps », annonce Frédérique. « J’ai été éducatrice spécialisée, ai travaillé à l’aide sociale à l’enfance puis dans une action sociale élargie. Lorsque j’ai pris ma retraite, il y a 21 ans, je me suis posée des questions : je ne suis pas douée pour les gâteaux ni pour la poterie ou la couture… tout ce que j’ai toujours su faire, c’est aider les autres. Et, je ne conçois pas de détourner les yeux quand quelqu’un est en difficulté. Je me suis donc impliquée dans une association : je fais des maraudes à la Croix-Rouge et forme les nouveaux bénévoles. Mes trois enfants et cinq petits enfants ont vécu dans une famille tournée vers les autres et tous ont développé une écoute sociale. Mais Anouck, ma petite fille, plus particulièrement. »
Anouck, 17 ans, en bac pro, envisage de devenir éducatrice spécialisée, comme sa grand-mère. « J’ai hâte d’être majeure pour intégrer les maraudes ! Je suis baignée dans l’écoute sociale depuis toute petite. Ma grand-mère m’y a sensibilisée et je porte une attention particulière aux autres. J’ai débuté avec elle les quêtes, distribution de vêtements, récupération des invendus… Je participe à l’association dès que je le peux et le plus possible, en prenant part à la distribution alimentaire. Aujourd’hui, je veux aller au-delà et en faire un métier. » Frédérique est fière qu’Anouck s’engage elle aussi avec autant de détermination

Expo Femmes 2026 - Ghislaine, dépositaire de la mémoire maternelle

Ghislaine Morin est née en 1947 à Saint-Hilaire-Saint-Mesmin. Sa mère, Lucienne Mallet a vu le jour en 1912 à Loury. Elle avait déjà une fille quand elle a été arrêtée et déportée en août 1944 pour avoir cuisiné pour les résistants du maquis de Samatha de Sandillon, caché des parachutes et hébergé un anglais. Elle fait partie du dernier convoi en direction de Ravensbrück. En avril 1945, le camp est évacué. Les prisonniers, dont Lucienne, matricule 57879, sont jetés, plusieurs mois durant, sur les routes, c’est la marche de la mort (marche d’évacuation que les nazis imposent aux déportés pour éviter que ceux-ci tombent aux mains des Alliés et témoignent de ce qu’ils ont vécu). Dans un petit carnet, elle écrit, au crayon de papier, des recettes de cuisine et son calvaire, décrivant la météo, ce qu’ils mangeaient... « Ça s’efface un peu… on a essayé de le copier. »
À son retour, sa mère reprend sa vie, met au monde deux filles, dont Ghislaine. Du camp, « elle raconte son travail dans les bois, les usines, les heures passées debout sous la pluie au moment de l’appel ». Mais, Lucienne, pudique, raconte peu de choses. Pour elle, « rejoindre le maquis, c’était normal. » Ghislaine a raconté l’histoire de leur grand-mère à ses enfants. Elle a récupéré tous les papiers de sa mère concernant sa déportation, dont le carnet et quelques photos. Tout est classé, rangé dans des dossiers… attendant qu’un arrière-petit-enfant s’y plonge.

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Expo Femmes 2026 - Hélène et Aurélie,"la compta, c’est sympa !"

Hélène, « Loirétaine convaincue », est très investie dans son métier d’experte comptable et de commissaire aux comptes qui la passionne. Après ses études, dans les années 80, elle fait la bonne rencontre : Jacques Andrès qui « m’a dit lors de mon entretien : ‘‘un jour je vous vendrai mon cabinet‘‘. Quelques années plus tard, à 28 ans, c’était chose faite. Ça a été une grande aventure ! Depuis, je suis toujours dans le même cabinet qui place l’humain au centre. Les épreuves m’ont montré que la confraternité et l’humanité dans les affaires, ça existe : cela fait partie des qualités que j’ai voulu communiquer à Aurélie, ma fille. »
« Aujourd’hui, le cabinet, dont je suis devenue associée, a créé un poste d’expert conseil. Sa mission ? Faire le lien entre le client, qu’il doit accompagner dans sa dimension globale, et le cabinet. » C’est ainsi qu’Aurélie rejoint Hélène qui lui transmet des valeurs de vie, de comportement et de relations. Elles ont une sensibilité commune dans le travail : « La conscience professionnelle. C’est aussi une chance de partager des moments particuliers au travail », rajoute Aurélie. Elles adhèrent aussi aux valeurs du monde associatif : l’une souhaite, après sa retraite, mettre ses compétences au service d’une association et l’autre en a créé une qui recueille des animaux abandonnés ou maltraités.

Expo Femmes 2026 - Isabelle et Manon, une belle complicité

Isabelle, anesthésiste-réanimatrice à Saran, et Manon, étudiante en 3e année de médecine à Tours, sa fille, assument avoir du caractère : « Lors des stages, j’ai lecourage de questionner même des professeurs impressionnants ! » Du courage, il en fallait à Isabelle pour « prouver que j’avais ma place, pour ça, il fallait la gagner. Je me souviens d’un enseignant me disant : ‘‘C’est pour me dire des âneries pareilles que vous avez pris la place d’un garçon ? ‘‘ ». Isabelle a également inculqué la rigueur à Manon. « Elle m’a appris qu’il fallait travailler intensément pour réussir ses études. Dès le début, j’étais pleinement consciente des obstacles. J’ai une vision de l’avenir grâce à ma mère qui me permet de savoir que plus tard j’aimerais mon métier. C’est un luxe et une chance ! »
Elles partagent les mêmes motivations : l’envie d’aider, soigner, guérir ; comprendre le corps, réfléchir et trouver des solutions… Manon a aussi hérité, « très tôt, vers 3, 4 ans », de la passion des circuits automobiles au Mans, des voitures, motos et courses… et de l’assistance médicale sur ces évènements. Elle s’occupe des spectateurs et aide parfois les motards sur la piste. Isabelle assure : « La transmission de l’engagement est très important pour moi. Je m’implique aussi chez les pompiers : j’y suis volontaire et professionnelle. La notion de don est essentielle. » Et Manon, qui a été bénévole aux Jeux paralympiques (JOP) et participé aux Jeune sapeur-pomper (JSP), approuve : « On donne mais on reçoit beaucoup. »

Expo Femmes 2026 - Laurence et Clémence, fières d'être artisanes

Laurence, la mère, fonctionne au feeling et à l’expérience et Clémence, la fille, est scientifique et cartésienne. « Nous fabriquons et commercialisons des cosmétiques », décrit Laurence, gérante du Jardin spa à Saint-Hilaire-les-Andrésis. Clémence choisit des études en formulation cosmétologie (recherche et développement). Elle a ainsi naturellement pris la tête du laboratoire en 2018, réinternalisant la fabrication des produits… « Le binôme mère-fille plaît beaucoup aux clients. Et nous prenons les décisions ensemble dans le flot de la vie, en voiture, dans la salle de bains… Notre vie c’est notre travail ! Vies personnelle et entrepreneuriale sont indissociables, mais ce n’est pas un sacrifice. »
Très attachées au lieu où elles exercent, elles partagent « la satisfaction de créer quelque chose à partir de rien », annonce Clémence. « Oui, il faut qu’on sorte quelque chose de nos mains, qu’on élabore un univers », rajoute Laurence. Elles se complètent : Laurence s’attache à l’humain et Clémence à la science. L’objectif partagé ? Fidéliser la clientèle de ce marché de niche. Petit à petit, Laurence apprend à Clémence à lâcher prise et être plus souple : « Ce sont des qualités dont j’ai envie de m’inspirer pour que le négatif ait moins d’emprise sur moi. »

Expo Femmes 2026 - Lucinda et Mélanie, il est là le bonheur

Mélanie a quitté son travail pour rejoindre Lucinda, sa mère, quand celle-ci a acheté son premier pressing à Tavers. Et ça lui a plu. Elle a appris à repasser, détacher un vêtement... Après l’acquisition du second pressing, Mélanie est restée à Tavers et Lucinda à Orléans. La jeune femme est devenue responsable au bout d’un an : « Même si c’est ma Maman, elle ne me fait pas de cadeau ! Mais travailler avec elle, c’est rassurant. » Lucinda adore la mode et les vêtements : « j’aime les toucher. Le tissu, c’est délicat, ça se ménage. Les clients viennent avec un habit qu’ils adorent, ils y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Et mon plaisir c’est de les voir repartir avec le sourire quand on a réussi à le nettoyer ! »
Elles sont attachées « au relationnel, au contact avec la clientèle. On a le sens du service. Les clients nous apportent parfois des petits gâteaux, des chocolats… » Elles sont très organisées, carrées : « Ainsi, on travaille sereinement. Mais on n’accepte pas qu’un client ne nous respecte pas. » Et Lucinda confie : « Ma fille m’a appris à ne pas me laisser faire, à dire stop. » Très complices, elles s’appellent tous les jours. Elles partagent aussi le sens de l’humour : « C’est tellement bien de rire ! » Mélanie fait exprès de troubler sa mère en la faisant rire devant les clients !

Expo Femmes 2026 - Manouchka et Lola, bientôt réunies dans un nouveau spectacle

En 2011, Manouchka monte une compagnie professionnelle de théâtre Le grand souk à Orléans : « Je mets en scène, dirige les acteurs et joue. Je lis et crée beaucoup. Je me réveille, passe la journée, me couche en pensant théâtre. Le théâtre, c’est un peu toute ma vie ! Mes quatre enfants ont participé à mes ateliers. Et Lola, je voyais qu’elle était différente des autres… de tous les enfants… C’était évident ! Sa particularité ? Sa concentration. Elle a fait son premier spectacle professionnel à 17 ans.
C’est en regardant et en faisant que la transmission s’est faite : elle m’a toujours vu jouer. Aujourd’hui, c’est la meilleure comédienne que je connaisse. Quand je monte un spectacle, elle est la seule à qui je demande son avis, car on a le même oeil, le même univers. Si ma mère m’a appris qu’il ne faut jamais donner de limite à sa passion, explique Lola, elle m’a aussi transmis son amour de la vie. Elle s’investit énormément et est rigoureuse. On a déjà travaillé ensemble. Et, c’est super ! Son côté humain avec les comédiens m’inspire. Plus jeune, j’ai donné des cours de théâtre à ses élèves et découvert un métier passion. Aujourd’hui, je fais appel à ma casquette de professeure de théâtre et transmets mes connaissances… grâce à ma mère. »

Expo Femmes 2026 - Marie et Gwendoline ont la bosse du commerce

Boulangères, mère et fille possèdent chacune leur boulangerie à Briare et vivent au-dessus de leur commerce respectif. « Ma mère est courageuse : enceinte de moi, elle a servi son dernier client jusqu‘aux premières contractions, et, trois jours après l’accouchement, elle était revenue au magasin. Elle m’a transmis la valeur du travail depuis mon plus jeune âge. Et ni l’une ni l’autre ne comptons nos heures : on est debout de bonne heure, on fait l’ouverture et la fermeture. Être boulangère, c’est exercer plusieurs métiers : psychologue, infirmière... J’ai donc hérité aussi du sens de l’écoute, du service, de la maniaquerie. »
Marie a transmis ses valeurs à Gwendoline qui confirme : « On était toujours dans le magasin, formé à vendre. Comme ma fille aujourd’hui. Comme moi à son âge, elle sert les clients, rend la monnaie. Je lui transmets les valeurs inculquées par ma Maman. » « Toute petite, quand les copains de Gwendoline venaient acheter des bonbons, c’était elle qui les servait ! » se souvient Marie, boulangère depuis ses dix-huit ans. Mère et fille partagent aussi le sens de l’accueil : « C’est toujours avec le sourire ! » Par ailleurs, elles font les courses pour la boulangerie et l’administratif ensemble. Elles prennent les décisions en concertation et depuis deux ans travaillent main dans la main. « On ne voit pas le temps passer ! »

Expo Femmes 2026 - Marylène et Julie, les femmes chocolat

Marylène et son mari ont acheté une chocolaterie en 1992, rue des Carmes, puis une autre rue Jeanne d’Arc à Orléans qui existe toujours. Lors des travaux du tramway, ils ont énormément été impactés et ont décidé de s’implanter aussi à Olivet, en y exportant la fabrication. À 23 ans, après ses études, Julie, leur fille, est venue travailler à la chocolaterie. Elle a mis en place une organisation : nouvelle caisse ; nouveau logiciel ; codes barres avec valeurs nutritionnelles. Aujourd’hui, elle est polyvalente : « Je suis au bureau avec Maman, passe les commandes aux prestataires, gère la boutique, les réseaux sociaux, le site internet. Je m’y suis mise sur le tas. Julie m’a toujours vu travailler. Jeune, elle m’aidait pendant les vacances. » révèle sa mère qui lui a appris à faire les paquets montés et les rubans… même si en tant que gauchère ça a été difficile « parce qu’il y a un sens pour travailler ! »
Julie sert aussi au magasin, fait les décors, donne un coup de main au labo... Marylène reconnaît qu’elle a levé le pied à la boutique même si les clients aiment bien la voir : « Ça fait plus de trente ans que je les connais ! » « Avec Julie, on est tout le temps ensemble ! On est complémentaire, on connait notre travail : on n’a pas besoin de parler », confie Marylène.

Expo Femmes 2026 - Michelle et Carine, flûtes alors !

Le grand-père de Michelle lui a transmis le goût de la musique. Après avoir appris le solfège et la flûte traversière à 9 ans, elle a fait partie des 3 premières filles de l’Harmonie de Fleury-les-Aubrais. Puis, elle a suivi l’enseignement au conservatoire d’Orléans avant de choisir un métier et continuer la musique en amatrice. Sur ces trois enfants, seule Carine continue la musique et la flûte : « C’était une évidence pour elle ! Carine aime la musique et a un très bon niveau. » Michelle est fière de lui avoir transmis cette passion. Petite, Carine assistait aux cours de solfège que Michelle donnait : « C’était sa garderie ! Je me suis aperçue par hasard qu’elle lisait les notes. » Comme elle, Carine a débuté par la flûte. Au collège, elle pense en faire carrière, tente le concours supérieur le jury la félicite…
Tous les midis, au collège et au lycée, « je travaillais la flûte : ça demandait de l’investissement. La transmission se fait par imitation au début, puis, pour continuer à l’adolescence, il faut être vraiment mordu ! » Plus tard, la jeune femme apprend le piano et le chant lyrique. Aujourd’hui, celle qui a aussi dispensé des cours de solfège, participe aux concerts de l’Harmonie. « J’aime jouer : je ressens la musique de l’intérieur. Je suis heureuse quand je joue et émue quand les gens chantent. »

Expo Femmes 2026 - Patricia et Elise, le bonheur d'être bénévoles

Une fois n’est pas coutume, la transmission s’est faite d’Élise à Patricia, de la fille à la mère. Élise, déjà bénévole aux Restos du coeur, distribuait les produits aux bénéficiaires, rangeait des produits et les livres, à la bibliothèque, puis aidait au comité des fêtes de Ferrières-en-Gâtinais... encore aujourd’hui, elle y va seule : « C’est son moment à elle. » Patricia, nouvellement en retraite, a demandé au Secours catholique si elles pouvaient devenir bénévoles toutes les deux. Très impliquées, elles s’y rendent trois fois par semaine et participent aux projets : ateliers couture, déco, cuisine…
« On a une certaine liberté en tant que bénévole, on donne son avis, on s’écoute… On rencontre des gens dans la misère et on cherche des solutions pour les aider. Je relativise ma propre situation. Avec Élise, on s’occupe de la boutique de vêtements. C’est mon truc ! Je m’occupe les mains et la tête : ça fait du bien. » Élise a défilé trois fois, lors de l’inauguration du nouveau local du Secours catholique, dont la dernière en robe de mariée. « Elle été géniale, a été énormément applaudie. Je la découvrais pas du tout timide, elle s’est lâchée. J’étais scotchée ! » « Toutes les deux, on suit des cours de country », rajoute Élise qui rêve de faire du théâtre et de la chorale. Patricia a transmis à sa fille le goût de la bonne cuisine, et, en véritable cordon bleu, les crêpes sont sa spécialité.

Expo Femmes 2026 - Tatyana, Alena, Sofia et Arianna, l'Ukraine en héritage

Alena est arrivée en France en 2022 en pleine guerre d’Ukraine avec sa famille. Elle a trouvé du travail, notamment avec sa mère Tatyana et ainsi a appris le français. Alena a deux filles Sofia et Arianna avec lesquelles elle continue de parler ukrainien, une langue « plus facile que le français ». Les deux soeurs sont inscrites à l’école à La Ferté-Saint-Aubin et maîtrisent de mieux en mieux le français. Alena a appris à ses filles des chansons ukrainiennes. Elle leur cuisine le borsht (viande, betteraves rouges, tomates, chou blanc, carottes…).
Pour autant, Alena, qui se sent reconnaissante vis-à-vis de la France, n’envisage pas, même si elle aimerait, retourner dans son pays natal : « Dans mon pays, nous avions travaillé dur pour réaliser nos rêves. Nous voulions avoir une belle maison, offrir une bonne éducation à nos enfants… avec la guerre, c’est fini. Nous allons essayer de le faire ici. La vie continue. Mes filles sont heureuses ici. Moi aussi. » Alena apprend à Sofia et Arianna à rebondir. Sofia, en 3e, espère devenir vétérinaire ou travailler dans le design. Arianna, qui est arrivée en France toute petite, chante des chansons françaises. Tandis que leur grand-mère, Tatyana est nostalgique de son pays : « Je pleure ! ». Ce que cette dernière a transmis à sa fille ? La réponse d’Alena fuse : « Ma mère m’a appris à être indépendante et optimiste. »

Expo Femmes 2026 - Valérie et Judie-Leïs, le sourire à l'âme

Valérie est maître-restauratrice depuis plus de 35 ans. Sa fille, Judie-Léïs est le « couteau suisse du restaurant le Cabinet vert, à Orléans » : elle officie en salle et comme responsable hébergement. Après des études en tourisme et différents métiers, Valérie rencontre son futur époux, cuisiner. Ensemble, ils se lancent et rachètent un premier restaurant. Ils ont 23 ans. « Je me retrouve beaucoup dans ma fille : comme moi, elle est épicurienne. Elle possède ce côté j’aime bien faire, bien accueillir et s’occuper des clients. J’ai un bon exemple : ma Maman ! Nous sommes naturellement et sincèrement attentives aux gens, on leur sourit, on se préoccupe de leur bien-être. » Après une expérience dans le prêt-à-porter, Judie-Léïs rejoint ses parents et participe à « l’aventure familiale ».
Leur force ? Elles veulent que les gens repartent en ayant vécu une belle expérience culinaire et un bon moment : « C’est un package ! » « Le samedi matin, je tiens la buvette au marché du quai du roi car c’est un condensé d’humanité ! », sourit Valérie qui accorde beaucoup d’importance à l’humain… valeur transmise à Judie-Léïs. La jeune femme a également « récupéré l’oeil créatif » de sa Maman. Mais la transmission fonctionne aussi dans l’autre sens : Judie-Léïs apporte « un vent de fraîcheur » qui rebooste sa mère. Elles croquent et profitent de la vie… ensemble !

Tiphaine Delauzun, photographe de l’exposition : « Chacun a sa part de beau »

Après un master de droit et une vie bien installée, Tiphaine plaque tout et part un an en Océanie où son appareil photo ne la quitte pas. À son retour, elle décide de consacrer sa vie professionnelle à la photo. Voilà huit ans que ça dure. 

« J’ai la chance d’exercer un métier passion. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’apporter quelque chose aux autres et m’en nourris. Je n’ai pas de recette pour les photographier, si ce n’est de la bienveillance et à chaque fois, je cherche, je m’adapte. J’ai adoré cette expérience pendant laquelle les femmes se sont mises à nu et livrées. Je désirai créer une petite étincelle chez elles ! »

Ecoutez les quelques témoignages recueillis...

« Cette exposition rend hommage aux femmes qui transmettent leurs passions, histoires, engagement, savoir-faire aux générations futures et ainsi les font grandir. »
Marie-Agnès Courroy, Nadia Labadie et Isabelle Lanson
Conseillères départementales

Pour voir l'exposition...

Informations pratiques : 

  • Du 9 au 31 mars 2026 du lundi au vendredi, de 8 h à 12 h et 13 h à 17 h 30,
  • Dans le hall de l’Hôtel du Département, 15 rue Eugène-Vignat, à Orléans.
  • Entrée gratuite

 

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