Sylvain Tronchet Micro(russo)phone

Son fusil a dû changer d’épaule. À peine Sylvain prend-il le poste d’envoyé spécial permanent à Moscou, en septembre 2021, que la Russie bouscule le monde. Lui, qui avait couvert la fonte du permafrost ou les conditions de détention d’Alexei Navalny – 10 jours avant sa mort, caprice du timing encore -, a désormais la guerre en Ukraine en seule ligne de mire.
« Je suis passé en mode mission parce qu’il faut témoigner de ce qui se passe ici. »

Pour Radio France, Sylvain rapporte un quotidien pris entre les feux de la répression et des procès. « La parole n’est pas libre, certes, mais on trouve encore des Russes courageux. Le front ne nous est plus accessible aujourd’hui mais l’été dernier, j’ai réalisé un reportage en Ukraine occupée, à Marioupol. » Et lui, sa vie à Moscou ? « Si nous sommes officiellement ressortissants d’un état hostile, malgré tout, nous vivons dans des conditions très correctes. Le fromage français a beau nous manquer, on s’adapte. Mon fils parle mieux le russe que moi », s’amuse-t-il.
Sylvain lui aussi a appris l’alphabet cyrillique à l’école, mais pas moscovite, orléanaise ! Le collégien choisit peu communément le russe comme première langue étrangère, par égard pour sa mère, dont le grand-père était officier de la marine impériale russe. Des études de journalisme et cinq ans de piges à Radio France plus tard, il intègre l’antenne d’Orléans avant la trentaine en 2000. « J’y suis resté treize ans, le temps que les super équipes en fassent un média local incontournable. »
Sa soif de nouveauté le conduit ensuite de France Bleu Paris à la cellule investigation de Radio France qui sort affaires sur affaires. L’ex Gergolien*, qui a gardé des liens d’amitié et des attaches familiales dans le Loiret, rempile aujourd’hui pour sa cinquième et dernière année à Moscou avant le retour à de nouvelles aventures en France « où, quoi qu’on en dise, on peut parler librement ».


* Habitant de Jargeau