Vue panoramique du château de Gien avec la Loire

Bérengère et les tours de Sully

19 décembre 2018

La mort dans des circonstances troubles du jeune Maximilien de Béthune-Sully en 1902 fut un drame familial. Cet événement a eu également des conséquences inattendues, encore visibles aujourd’hui dans l’architecture du château.

Portrait de Bérengère Durieu de Lacarelle - château de Sully

Maximilien de Béthune-Sully, châtelain de Sully, décédé suite à un mystérieux empoisonnement en janvier 1902, était jeune marié. Il avait épousé, en 1898, Bérengère Durieu de Lacarelle. Une partie de la dot de la mariée, offerte par sa tante Madame de Lauverjat, devait servir à rebâtir les tours du donjon. En effet, le sommet de celles-ci avait été détruit lors de la Terreur, en 1794. Les tours étant symbole d’oppression féodale, elles furent découronnées par Maximilien-Gabriel-Louis de Béthune, le châtelain lui-même, membre de la noblesse éclairée et favorable aux idées nouvelles de la Révolution française.

On pense donc à rebâtir les tours. Un château, qui plus est un château fort, se conçoit alors avec de hautes et belles tours, symboles de distinction sociale. Cette mode des châteaux néo-médiévaux se manifeste, par exemple, par les travaux d’Eugène Viollet-le-Duc au château de Pierrefonds. On choisit comme architecte Gaston Aubry, qui rédige, dès 1883 un projet de restauration du château de Sully. Il réalise aussi, dans la région, le château des Barres, à Nogent-sur-Vernisson, en 1892.

Des travaux modernes

Les travaux commencent début 1900. On utilise les techniques les plus modernes du temps (béton armé, poutrelles IPN). Les deux tours orientales, côté parc, sont achevées. Tandis que les travaux vont bon train, l’architecte décède, en août 1901. Peu après, en janvier 1902, Maximilien de Béthune-Sully s’éteint à son tour brutalement. Si le châtelain souhaitait reconstruire les tours, sa veuve semble y être beaucoup moins favorable, pensant sans doute que l’argent peut être mieux employé à d’autres usages…

La conséquence est l’arrêt rapide des travaux. Cela explique cette différence architecturale flagrante aujourd’hui encore des tours du donjon, entre un côté ville arasé, resté à l’état révolutionnaire, tandis que le côté parc donne au château un petit air de « Pierrefonds ligérien ».

Bérengère, née Durieu de Lacarelle, meurt en 1918, à l’âge de 42 ans. Entre temps, elle s’était remariée, en 1908, avec Jacques Bessey de Contenson. C’est ce dernier qui semble être alors le maître du château. La seconde fille de Bérengère et Maximilien de Béthune-Sully, Marie-Jeanne, née en 1901, prendra un peu plus tard le relais.

Mathieu Girault