Vue aérienne de champs vers Saint-Denis-de-l'Hôtel

Dans la chapelle de Chamerolles…

01 février 2019

Une voûte étoilée, la représentation du Dieu créateur et la retranscription en lettres d’or de la Table des lois¹ sur le mur de la chapelle. Un décor plutôt commun pour un lieu de culte. Mais saviez-vous que cette peinture murale témoigne de l’histoire du château et par extension de celle de la France au XVIe et au XVIIe siècle ? Retour sur son histoire et cap sur les premiers pas d’une restauration exceptionnelle.

Phase d'étude de la peinture murale de la chapelle de Chamerolles
Phase d'étude de la peinture murale dans la chapelle de Chamerolles

Une œuvre d’importance historique

La peinture murale de la chapelle a été commandée par Lancelot II du Lac, petit-fils de Lancelot Ier, afin de transformer cette chapelle en un temple protestant. À cette époque, les guerres de religion font rage et le protestantisme, nouvelle interprétation de la chrétienté, émerge. Entre 1560 et 1670, la chapelle sert alors de lieu de culte à l’Église Réformée de Chilleurs. Quelques années plus tard, en 1685, la révocation de l’Édit de Nantes2 ordonne la démolition de tous les temples protestants.

La peinture murale est alors cachée, calfeutrée par la construction d’un autel et dissimulée derrière un tableau pieux. La chapelle suit donc le cours de l’histoire et passe à nouveau sous l’égide catholique. Ce n’est qu’en 1991 que l’œuvre est découverte lors des campagnes de travaux préalables à la réouverture du château de Chamerolles, et restaurée afin de conserver cette trace de l’histoire.

Une restauration exceptionnelle

Chaque année, le budget alloué à la restauration du château de Chamerolles est de 5 000 euros, ce qui lui permet de restaurer quelques petits objets. Mais cette année, le château voit grand ! Récemment déclarée d’intérêt historique pour ses inscriptions protestantes qui dateraient de 1590 à 1610, et peut-être même de 1565, la peinture de la chapelle pourrait être la plus ancienne Table des lois française sur sites reconnus.

Cette rareté s’explique par la dissimulation de l’œuvre pendant la réforme qui a permis sa conservation. Compte tenu de l’intérêt de l’œuvre et des dégradations subies en 25 ans, un diagnostic d’état est aujourd’hui nécessaire. Afin de soutenir cette action qui dépasse le budget annuel, une demande de subvention exceptionnelle à l’État est envisagée et le mécénat de particuliers sollicité.

Un diagnostic d’état

Avant toute restauration, il y a étude ! Du 28 au 30 janvier, deux conservateurs restaurateurs spécialistes de la peinture murale ont été missionnés. L’objectif de cette phase d’analyse est de mieux comprendre l’œuvre et de faire un état des lieux des dégradations. Dans un premier temps, ils s’intéressent à l’étude stratigraphique de la peinture et cherchent à déterminer le nombre de décors ou de couches superposés.

Cette étape permet de comprendre l’histoire de la peinture ainsi que les restaurations précédentes. Ensuite, il s’agit de déterminer l’état de l’œuvre. Analyser la stabilité du bâti, l’altération du support et l’état général de la couche picturale pour établir un bilan du travail de réfection à fournir. Ces informations récoltées puis traitées sont essentielles à la documentation et sont les premiers pas vers la restauration de l’œuvre.

Restauration à suivre…

Amélie Benchallal

1Supports en pierre sur lesquelles sont gravés les dix commandements dont Dieu fit don à Moïse. À cette époque, les protestants mettaient ces tables à l’honneur.

2Édit signé par Louis XIV le 18 octobre 1685 à Fontainebleau, qui mit fin à l'existence légale du protestantisme en France.

Étude de la peinture murale de la chapelle au château de Chamerolles
Étude de la peinture murale de la chapelle au château de Chamerolles