Vue aérienne de la Loire et de ses méandres

La Faïencerie de Gien : 190 ans de savoir-faire dans le Loiret

13 septembre 2019

Depuis sa création il y a près de 200 ans, la Faïencerie de Gien, la plus grande d’Europe, symbolise le raffinement, le luxe et l’art de vivre à la française. Elle maîtrise localement encore aujourd’hui tout le processus de fabrication de ses faïences. Découvrez avec nous chaque étape de la réalisation de ces pièces d’exception.

Faïencerie de Gien

Une histoire giennoise

Si l’histoire de la faïencerie est d’abord dû à un Anglais, c’est bien en terres loirétaines qu’elle s’ancrera. En 1821, Thomas Hall s’installe à Gien et achète l’enclos et les bâtiments du couvent des Minimes, situés sur les bords de Loire, pour y créer la Faïencerie de Gien. À cette époque, la ville de Gien possède plusieurs atouts : c’est un carrefour commercial important, la ville regorge de matières premières (argiles, sables, cailloux siliceux de Loire) et surtout la Loire permet l’acheminement du bois des forêts d’Orléans pour les fours de cuisson. Depuis, cette entreprise bientôt deux fois centenaire, a fait sa renommée en fabriquant les services de table aux armoiries des plus grandes familles de France et d’Europe et... les carreaux du métro parisien en 1930 ! 

Une fabrication française, de la terre à la pièce d’exception

De la sélection des terres à la fabrication de la pâte jusqu’aux produits finis, la Faïencerie de Gien maîtrise localement tout le processus de fabrication.

Création des moules
À partir des modèles dessinés par le service création, le modeleur va graver un moule qui donnera naissance aux moules de fabrication, en résine ou en plâtre.

Préparation de la pâte
La pâte est préparée à partir de 14 ingrédients (principalement français - Bretagne, Saint-Pierre-le-Moûtier…) dont l’argile, qui lui confèrera sa plasticité, le kaolin, sa blancheur et le sable qui servira de liant. Délayés dans de l’eau, puis broyés, mélangés, tamisés et filtrés sous forme de galettes, ils vont ensuite d'être transformés soit en pâte liquide pour les pièces obtenues par coulage, soit en boudins pour le moulage des pièces plates.

Façonnage
Pour mouler des assiettes, on utilise les boudins de pâte que l’on tranche, à la mandoline, en disques appelés ébauches. Elles seront insérées dans un moule tournant sur lui-même et en prendront la forme.
Pour réaliser des pièces plus complexes (cafetières, plats ovales, anses de tasses, vases...), on emploie la technique du coulage : la barbotine, la pâte liquide, est versée directement dans le moule en plâtre. Le plâtre va absorber l'eau et donc permettre un séchage rapide des parois extérieures de la pièce (c'est la prise de la barbotine). On obtient alors une pièce en cru qui se démoulera facilement.

Garnissage
Les pièces peuvent être garnies d'accessoires (anses, becs...) scellés à l'aide d'une barbotine spéciale.

Finissage
Les pièces sont contrôlées, brossées et polies afin de leur donner un fini irréprochable.
Après séchage, elles sont cuites à 1160°. Elles prennent alors le nom de biscuit.

Décoration
Pour réaliser le décor de chaque pièce, trois techniques sont utilisées : la chromographie, l'impression main et la peinture main.

Décoration par transfert ou chromographie
Un décor imprimé sur une feuille plastique appelé chromo est appliqué délicatement sur des pièces émaillées en blanc (et légèrement chauffée pour permettre une meilleure adhérence du chromo). Les pièces sont alors cuites à 1060° pour faire fondre le plastique et ne conserver que la couleur « qui ne se révèlera réellement qu’à la cuisson », commente Lamia Oumerzouk, responsable du musée de la Faïencerie de Gien.

Impression manuelle
Des gravures sont réalisées manuellement sur des plaques de cuivre. Dans son patrimoine artistique, Gien dispose de plus de 8000 de ces planches ouvragées dont certaines datent du début du XIXe siècle ! Pour réaliser une épreuve de décoration par ce procédé, la plaque est enduite d'une préparation huileuse contenant des colorants céramiques. Après un soigneux raclage, elle est recouverte d'un papier de soie puis passée sous presse pour réaliser le transfert. Pour l'impression du biscuit, le papier de soie imprimé est posé manuellement, la face encrée contre la faïence en tamponnant pour obtenir une parfaite adhérence de la couleur grasse. La pièce est ensuite débarrassée du papier de transfert par un lavage à l'eau, puis séchée avant d'être confiée aux peintres ou dirigée vers l'émaillage.

Peinture à la main
Nous entrons ici dans le monde de l'artiste-peintre. Le peintre promène une goutte de couleur entre son pinceau et le biscuit sans le toucher directement au risque de voir apparaître une trace claire après cuisson. Une fois les couleurs appliquées, les pièces subissent une cuisson de dégraissage pour fixer les couleurs et brûler les matières grasses. Suivent un contrôle et un nettoyage attentionnés qui permettront de confier les produits à l'émaillage.

Émaillage et cuisson
L'émaillage se fait manuellement par trempage dans un bain contenant l'émail finement broyé en suspension dans l'eau. Le geste se doit d'être précis et rapide pour assurer une couche régulière sans surcharge ni coulure. Le biscuit poreux  absorbe l'eau en fixant les particules d'émail à sa surface.
L'émaillage va venir recouvrir le biscuit poreux et donner aux pièces un fini brillant ou satiné. La composition de l'émail, voisine de celle du verre, permet de mettre en valeur les couleurs et le décor. La cuisson des pièces émaillées peut durer entre 12 et 24 heures à une température maximum de 1060°C.

Au total, ce sont entre 700 et 900.000 pièces par an qui sortent des ateliers de la faïencerie et partent alimenter les boutiques de la marque et de ses partenaires, à Paris, Bordeaux, Bruxelles, aux États-Unis… À l’instar de l’univers de la mode, la faïencerie de Gien lance deux collections par an : une en septembre et une en janvier avec deux à quatre nouveaux décors, qui s’inspirent des archives de la faïencerie ou du travail d'artistes de renom. « On ne peut pas résumer Gien à une forme, un décor… Gien est tellement hétéroclite… », indique Lamia Oumerzouk.
Mais s’il y a bien une chose qui peut résumer Gien, c’est le côté très "fait main" qui caractérise les ateliers. Si quelques machines (préparation de la pâte, façonnage, cuisson) apportent une aide précieuse aux 130 employés de la faïencerie, il n’y a que la main de l’homme qui peut faire parler la terre et en révéler toute la beauté.

Source : Gien, au fil des ateliers

Mélanie Potau

La faïence de Gien, du décor à l’assiette

La faïence de Gien sera mise à l’honneur, du 28 septembre au 13 octobre, au château musée de la ville à travers l’exposition Du décor à l’assiette. Organisée en partenariat avec la faïencerie de Gien, elle présentera le travail d’Estelle Rebottaro, artiste qui a créé le décor du service Sologne.
Cette naturaliste dans l’âme fera des démonstrations de décor en peinture sur assiette samedi 28 septembre, de 15 h à 17 h. Un film en apprendra plus aux visiteurs sur la technique de fabrication et de décoration à la main des pièces de la manufacture de Gien.

Faïencerie de Gien

Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
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Faïencerie de Gien
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Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
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Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
Faïencerie de Gien
700 à 900.000
pièces
produites par an

GLOSSAIRE

  • Barbotine : pâte liquide destinée au coulage.
  • Biscuit : état de la pâte après la première cuisson à 1160°.
  • Boudin : pain de pâte cylindrique obtenu après malaxage et destiné au façonnage, par calibrage, des pièces plates.
  • Calibrage : mise en forme de la pâte sur un moule en rotation par action d'un calibre ou d'une tête roller.
  • Chromo : décalcomanie appliquée sur une céramique pour la décorer.
  • Coulage : formation d'objets creux ou pleins à partir de barbotine coulée dans un moule poreux.
  • Cru vert : état d'un objet façonné avant séchage.
  • Cru sec : état d'un objet façonné après séchage.
  • Dégraissage : cuisson pour brûler les graisses et les matières organiques des décors avant émaillage.
  • Émail : verre destiné à recouvrir les biscuits de faïence et à supporter la décoration.
  • Finissage : action de rectifier, d'adoucir la surface et les arêtes des produits façonnés crus.
  • Garnissage : action de coller des pièces crues ou d'exécuter la finition d'un décor avant émaillage.
  • Mandoline : tranchoir à fils permettant de débiter un boudin de pâte en ébauches de calibrage.
  • Roller : tour mécanique servant au façonnage de la platerie ronde sur moule de plâtre.

Pour en savoir plus