Vue aérienne de la Loire et de ses méandres

La saison des salons du livre jeunesse est revenue

14 mars 2019

En mars, lis ce qu’il te plaît pourrait-on dire aux enfants. Et grâce aux deux salons du livre, du Pithiverais, les 23 et 24, et du 29 au 31 à Beaugency, ils auront le choix. Choix des auteurs et illustrateurs et choix des livres.

Rébecca Dautremer, dessinatrice, est l’invitée d’honneur de Beaugency. Elle a illustré superbement le thème du salon sur l’affiche : Minute Papillon !… Un temps pour grandir, un temps pour découvrir, un temps pour construire. Il y a quelques années, elle a travaillé avec Carl Norac, auteur orléanais bien connu, sur Sentimento, et Swing café. Ce dernier rencontrera son public à Beaugency et à Pithiviers. Pithiviers qui accueillera aussi la célèbre illustratrice loirétaine de Tom-Tom et Nana : Bernadette Déprès. En marge du salon, Bernadette propose, dimanche 7 avril, une journée porte-ouverte chez elle à Givraines (voir affiche dans l’onglet la concernant, NDLR).

Voici leurs portraits.

Édith Combe

Bernadette Després : 1, 2, 3… dessins

Bernadette Després est née à Paris en 1941. Élève aux Arts décoratifs, elle apprend et pratique le dessin (modèle, perspective, publicité…). Puis, elle illustre, écrit, crée des jeux, des découpages pour différents éditeurs : la Farandole ; Bayart Presse et les Jeunes années Magazine. « Mes histoires ont pour début une bêtise. Dans Annie fait les courses, avec ce qui lui reste d’argent, elle s’offre le coiffeur et ressort avec la coupe de Brigitte Bardot ! »

Le succès de Tom-Tom et Nana

C’est en 1976 que Bayart Presse lui demande de créer une bande dessinée. Jacqueline Cohen, la scénariste d’alors, se rappelle qu‘elles ont « préparé à toute vitesse, sur une table de restaurant, un projet d’une incroyable naïveté. Nous avons imaginé un frère, une sœur, une famille, un décor, etc. ». Comment travaille Bernadette ? Elle reçoit l’histoire, propose un brouillon, est corrigée par l’auteure, renvoie ses illustrations, il peut y avoir plusieurs échanges avant les originaux, toujours sur calque.

Ses livres sont si connus qu’ils ont été dévorés par plusieurs générations. Que celui, âgé de six à quarante ans, qui n’a jamais lu, au moins une fois, Tom-Tom et Nana me jette la première de leurs trente-quatre bandes dessinées ! Et Tom-Tom et Nana, c’est aussi des dessins animés et un spectacle monté par Armelle Després, sa nièce : bon sang ne saurait mentir !

Bernadette est issue d’une famille de huit enfants, elle-même en a eu quatre. Quand sa fille aînée est entrée à la maternelle, elle s’est faite aussi petite qu’une souris pour dessiner les écoliers. Lorsqu’elle rencontre des élèves au cours d’interventions, elle avoue : « Je les regarde, les écoute, fais des croquis, note des phrases. » Tout l’inspire pour ses histoires ! C’est dire si elle est incollable sur l’enfance.

Il n’y a pas que Tom-Tom et Nana dans la vie !

Bernadette s’intéresse à d’autres arts. Elle illustre des poèmes de Pierre Coran (le père de Carl Norac), des chansons avec Christiane Oriol (Lili Moutarde), Anne Boutin-Pied (Poucette, canard et petit pois) ou Arnaud Roi (Albert trouve sa voix).

L’actualité de Bernadette en 2019

Comble de la reconnaissance, pour cette passionnée passionnante, l’école primaire de Puiseaux s’appelle désormais école Bernadette Després !
Et cette année, au festival de la bande dessinée d'Angoulême, elle a été honorée à travers l’exposition Tom-Tom & Nana présentent tout Bernadette Després, consacrée à son œuvre. Une reconstitution du restaurant La bonne fourchette abritait ses planches originales, des jeux fabriqués par ses soins, des témoignages de collaborateurs, les biographies des personnages, des chansons… un condensé de son univers plein d’humour et de joie de vivre qui font son succès et grâce auquel nous entendons le rire des enfants s’échapper de ses dessins. « C’était impressionnant ! Je n’en revenais pas, une si belle exposition ! J’étais vraiment flattée ! », se réjouit la dessinatrice.
En plus du salon de Pithiviers, elle participera à celui de Fay-aux-Loges, le 19 mai. Là, elle assiste les écoles pour un concours de bandes dessinées.

La saison des salons du livre jeunesse est revenue - Bernadette Després - 1
La saison des salons du livre jeunesse est revenue - Bernadette Després - 3

Carl Norac : portrait d’une plume du Loiret

Carl Norac est né en Belgique en 1960. Sa spécialité : les albums car il préfère les textes courts. Aujourd’hui, il est traduit en trente-neuf langues. Grâce aux Mots doux, son best-seller, Carl est invité partout : Taiwan ; Singapour… Tours et Montargis ! Loiret Mag l’a rencontré, en mai 2013, à Olivet pour la sortie de son livre CD d’alors, Bazar circus.

Loiret mag : Où écrivez-vous ?

Carl Norac : Dans des carnets, en marchant, dans les cafés et les transports en commun… C’est en sortant que je trouve des idées, à partir d’une conversation entendue, d’une chose vue… En intervention, quand les enfants me posent la question, je fais mine d’attendre… « J’attends l’inspiration, mon idée est en retard ! », de chercher dans mes poches « où est passé mon idée ? ». Écrire au milieu des gens, c’est être dans la vie.

Enfant, quels livres lisiez-vous ?

Comme j’habitais en forêt, j’aimais Les Contes d'Andersen, surtout Le Briquet car il est question d’un arbre magique, alors cela nourrissait mon imaginaire. J’ai lu aussi beaucoup de poètes, dont Verlaine.

Quel est votre mot préféré ?

Candeur, dans son sens premier : regarder le monde avec des yeux neufs, sans a priori mais avec de l’empathie et une capacité à la révolte… C’est ce que j’essaie d’être : candide !

Comment travaillez-vous avec les illustrateurs ?

J’essaie de choisir ceux avec lesquels j’ai envie de travailler. J’ai le projet du livre en tête et ensuite on en parle. Pour Tête en l’air, l’illustrateur m’a raconté un de ses cauchemars et j’ai écrit l’histoire qu’il a ensuite illustré. Et les dessins de Libre comme l’air étaient là avant l’histoire.

Dans les années 80, j’ai publié des BD. Et dernièrement, j’ai participé à un roman graphique Au pays de la mémoire blanche. Avec l’illustrateur, on a mis sept ans à le finaliser… Chaque case une œuvre d’art, il y a huit couches de peinture !

La musique donne une autre dimension

J’ai écrit un livre-CD : Monsieur Satie dont le texte est lu par François Morel et accompagné par de vrais musiciens. Vient de paraître, un autre conte musical,  Bazar Circus, le comédien est, cette fois, Dominique Pinon qui jouait dans le film Amélie Poulain.

D’autres projets ?

Un livre pour les adultes est paru ce mois-ci, de la poésie : Une valse pour Billie dont le titre rend hommage à Billie Holiday… Il s'agit de poèmes en forme de portraits d’inconnus comme de gens connus. L’un concerne le chorégraphe Joseph Nadj, célèbre à Orléans !

Y a-t-il une question à laquelle vous avez toujours voulu répondre mais que l’on ne vous a jamais posée ?

En poésie, quand vous dites je est-ce de vous qu’il s’agit ? Quand on lit de la poésie, on pense systématiquement que je est l’auteur mais, comme au théâtre ou dans les romans, je peut être un personnage de composition. Par exemple, dans Sonate pour un homme seul dont le sujet est la séparation, les lecteurs ont cru qu’il s’agissait de moi, alors que l’idée de séparation était loin de moi. Ce qui est drôle, c’est que dans mes albums, les héros ne disent pas je et pourtant j’y raconte des choses parfois plus intimes que dans mes poèmes !

Quelle est votre actualité en 2019 ?

Je participe aux deux salons du livre jeunesse loirétains de printemps. Cela faisait longtemps que je n’étais pas allé à Beaugency et je suis très heureux d'y revenir. Pour Pithiviers, j'ai participé à toutes les éditions depuis mon arrivée dans le Loiret, il y a vingt ans. Grâce à ce salon, j'ai découvert l'école de Neuville-aux-Bois qui porte mon nom depuis décembre 2017 !
Les visiteurs découvriront ma dernière parution : un livre important de poèmes. C’est Le livre des beautés minuscules, 36 poèmes pour murmurer la beauté du monde, la parution est prévue pour ces deux salons (éditions Rue du Monde, 18 €, NDLR).

Rebecca Dautremer ou la poésie à fleur de pages

Rebecca

Native de Gap, elle étudie aux Arts décoratifs à Paris où elle suit un cursus de graphisme. Au hasard des rencontres, elle qui aime le dessin devient illustratrice pour des maisons d’édition et des pochettes de disques, développe la scénographie de théâtre… Aujourd’hui, elle donne des cours, vend ses dessins originaux chez des galeristes, poursuit son travail avec les éditeurs, anime des ateliers collaboratifs, participent à des salons du livre pour lesquels elle intervient dans les classes (des CM à la 5e). Elle est souvent reçue à l’étranger : Amérique Latine ; Chine ; Russie, Italie…

Son premier livre, La chèvre au loup, est paru en 1996, et le dernier, Les riches heures de Jacominus Gainsborough, en octobre 2018. Entre les deux, près d’une quarantaine ont vu le jour. « Avant de commencer un ouvrage, je discute avec l’éditeur. Je lui fais part de mes idées, lui des siennes. Par contre, l’auteur et moi ne nous rencontrons pas forcément, nous travaillons chacun de notre côté. Le premier livre réalisé avec Carl Norac, Sentimento, je l’ai illustré sans qu’on se voit ! Maintenant on se connaît ! » À la question, comment travaillez-vous ? Elle répond : « J’utilise encore du papier aquarelle, de la gouache, du crayon, de l’encre… Mes dessins originaux sont toujours plus grands que le format fini, cela me permet d’y glisser plein de détails… »

Ses projets

Après Le petit théâtre de Rebecca (2013), livre de découpe, prouesse de finesse, Rebecca travaille en ce moment à un autre livre de découpe. « C’est difficile car on ne peut pas faire de maquette. Je dois donc tout imaginer et jouer avec les éléments, en les ajoutant, les déplaçant ou les enlevant afin de raconter une histoire. La fabrication est très longue. Je donne mes fichiers fin février pour une parution à l’automne 2019 !
D’autre part, j’ai aimé illustrer
Les riches heures de Jacominus Gainsborough. Grâce à lui, je suis en lice pour le prix Landerneau et j’en suis très contente ! Résultat le 2 avril. Quel qu’il soit, avec l’éditeur, Sarbacane, nous avons décidé que j’allais créer tout un monde autour de ce charmant petit lapin. J’ai pensé aux jeunes enfants en le réalisant. Contrairement à d’habitude, je n’ai pas fait plusieurs entrées de lecture : une pour le jeune public et une pour leurs parents. Par contre, mon prochain projet sera en direction des adultes : je vais illustrer Des Souris et des hommes de John Steinbeck pour la rentrée 2020. »

Salon de Beaugency

D’abord, elle en est l’invitée d’honneur. Ensuite, elle a illustré l’affiche du salon. Et encore, une exposition de dessins originaux retraçant ses vingt ans d’illustration habillera les murs de l’église Saint-Étienne. Samedi 30 mars, à 14 h, elle en proposera une visite guidée. Enfin, elle dédicacera ses livres, samedi et dimanche, pour le plus grand plaisir des petits et grands !

Salon du livre de Beaugency 2019 affiche fond vert