Vue aérienne de Yèvres-le-Châtel

Les métiers cachés du Festival de Sully

26 juillet 2019

Les concerts auxquels vous assistez lors du Festival de musique de Sully et du Loiret sont la partie émergés de l’iceberg ! En effet, nombre de personnes, aux métiers divers, dont vous ne soupçonnez pas l’existence œuvrent pour faire de cet évènement un moment inoubliable. Faisons connaissance.

Édith Combe

 

D’abord, il y a le directeur artistique

Philippe est à ce poste depuis sept ans. Souvent c’est lui qui offre le bouquet aux artistes en fin de concert. Mais son activité ne se limite pas à cela.
En effet, il affine le calendrier des villes selon les lieux, aidé de Jean-Luc, le régisseur. « Dans les églises, nous devons être vigilants aux jours des concerts afin qu’ils ne se télescopent pas avec des offices. » Il faut aussi prévoir le nombre de musiciens et de places dévolues aux spectateurs, suivant la notoriété du ou des artistes et de leur disponibilité. C’est un équilibre technique à trouver : «Tout change, évolue rapidement. Une ville peut avoir donné son accord pour une date et se rendre compte finalement que le lieu est déjà occupé ! De plus, il doit y avoir une certaine cohérence entre les typologies de musiques et d’instruments. Par exemple, je ne planifie pas un pianiste dans l’agglomération alors qu’au conservatoire d’Orléans, un autre pianiste joue le même jour ou deux jours avant. »
Le directeur artistique choisit les musiciens en fonction de leur disponibilité, du montant de leur cachet, de leurs programme et fiche technique qui regroupe besoins et exigences. Avec ces éléments, Philippe analyse la faisabilité de programmer un artiste. « Parfois, l’idée d’un musicien est intellectuellement géniale, mais confrontée à la réalité, elle ne tient pas : le coût de location d’un instrument est exorbitant ou ce dernier est trop grand pour le lieu choisi ou encore le projet dépasse l’enveloppe budgétaire ! »
Puis, lorsque la négociation technique est terminée, les contrats sont rédigés (cachets, transport, rédaction des programmes du soir…) par Adriana, chargée de mission du festival.

« Le choix des artistes ? Avec Laurence Bellais, vice-présidente du Département, nous échangeons, en discutons et décidons. Et de septembre à juin, je reçois de vingt à trente appels ou courriels de la part des agents et/ou concertistes me proposant leur prestation. Par exemple, Jakub Jósef Orliński m’a été proposé par son producteur, j’ai réservé son concert en décembre 2017 pour le 13 juin 2019 ! Entre temps, le jeune homme est devenu connu et le public était au rendez-vous. Pari gagné ! Je suis également vigilant à la typologie des  musiques en fonction des lieux : à Montargis, le public attend du jazz. Il doit y avoir une alchimie entre les lieux, les concerts et les styles pour satisfaire un public départemental ou régional qui attend du festival des soirées de haut niveau ! Et, je n’oublie jamais que je programme pour le public et non pour moi !  » Et le public est connaisseur, comme le précisait Renaud Capuçon à Saint-Denis-en-Val le 19 juin : « Les spectateurs de ce concert sont des connaisseurs, attentifs qui  viennent pour le plaisir. Cette idée de jouer à 17 heures est très bonne : il y avait plein d’enfants ! », se réjouissait le violoniste.

Lacombe remise de bouquet au concert de Liz Mc Comb 2014 - lacombe qui offre le bouquet à Liz Mc Combe ils s'embrassent
Philippe offrant le bouquet en fin du concert de Liz Mc Comb en 2014

Et puis, il y a le régisseur

Ce chef d’orchestre, Jean-Luc, est aux manettes depuis 2007.
« Je gère toute la partie technique : des fiches techniques des artistes qui contiennent leurs informations : où ils vont dormir, manger ; leurs habitudes, souhaits ; exigences… ce travail se fait en collaboration avec Adriana, chargée de mission sur le festival. »

Jean-Luc valide aussi les transports de chacun, les plannings du runner* et des techniciens (horaires de montage et démontage, transport du matériel), les locations de véhicules, l’ouverture des portes au public après s’être assuré que tout est sécurisé dans la salle, que la billetterie est en place et que les bénévoles des Amis du festival sont prêts à distribuer les programmes du soir…

Jean-Luc fait le lien entre les producteurs des artistes et la presse : quelquefois les premiers ne souhaitent ni être interviewés ni photographiés, d’autres fois ils émettent des restrictions.

En septembre, quand la pression est loin d’eux, avec Adriana et parfois sur les indications de Laurence Bellais, vice-présidente du Département en charge de la Culture, et Philippe Lacombe, directeur artistique du festival, le régisseur cherche de nouveaux lieux que le festival pourrait mettre en lumière et en son.

Festival de Sully 2019 - l'équipe : Philippe Lacombe, Jean-Luc Terrisse, Adriana Efter, Marc Gaudet (le président du Département) et Mathilde Simonian
L'équipe qui travaille de longs mois sur le festival (Philippe, Jean-Luc, Adriana, Marc Gaudet, président du Département et Mathilde)

Puis, le responsable lumières

C’est Anthony qui s’en charge. Il le fait depuis six ans, mais le festival, il connaît par cœur car il y travaillait déjà avant. Jean-Luc, le régisseur, lui indique le nombre de d’instrumentistes et leur placement. Ainsi, Anthony a toutes les cartes en main et les mains libres pour organiser la mise en lumière des artistes afin d’être parfaitement vus par le public. Il use de correcteurs de lumière. À l’aide de gélatines, dans les tons orangés et bleus, il diffuse la lumière afin qu’elle se disperse et ne soit pas trop crue, mettant ainsi les artistes au cœur du concert : « Ceci est ma priorité ! Ensuite, je m’assure que les musiciens visualisent parfaitement leurs partitions. Personne, ni les spectateurs ni les interprètes, ne doit avoir la lumière dans les yeux. »

Enfin, il essaie toujours de mettre en avant le patrimoine qui accueille les concerts. Ce n’est pas toujours simple. En effet, les églises, par exemple, manquent de prises électriques et cela rend complexe le positionnement des lumières : « Mais on trouve toujours des solutions pour que tout le monde soit content (auditoire et concertistes). » Le technicien utilise un éclairage à Led afin de faire ressortir un tableau, des colonnes ou une arche. Ce type d’éclairage, peu énergivore, est valorisant.

Et la lumière fut !

Équipe technique du Festival de Sully 2019 - 6 personnes (5 hommes et une femme)
L'équipe technique du Festival de musique de Sully et du Loiret

Et aussi l'accordeur de piano

François*, l’accordeur ou l’homme qui murmure à l’oreille des pianos, travaille pour le Festival de Sully depuis si longtemps qu’il a oublié depuis combien de temps ! Il se partage entre son magasin à Orléans et ses déplacements dans de nombreux festivals de musique classique et de jazz, partout en France.

Pour le Festival de musique de Sully et du Loiret, le piano est préparé dans son atelier avant d’être livré sur le lieu du concert, le plus souvent la veille. Là, François l’accorde à nouveau. Après les balances, lorsque l’artiste a répété, le piano est retouché une dernière fois pour le concert du soir. L’accordeur de piano aime assister à ces répétitions car pour lui : « C’est un vrai plaisir. C’est un peu comme avec un peintre, on voit la toile se faire avant de l’accrocher. J’ai un souvenir avec Brigitte Engerer, à Chambord, j’étais seul avec elle sous le chapiteau. Elle jouait. Puis, elle s’est arrêtée, se tournant vers moi, pour me demander ce que j’en pensais ! J’aime les échanges avec les musiciens et les imprévus qu’ils m’offrent pendant les répétitions, quand ils s’éloignent du programme et jouent complètement autre chose. »

François se définit comme l’ange-gardien du piano. Lui, accordeur de piano depuis ses dix-sept ans, aime le travail bien fait : « C’est une question d’éthique ! Je suis dans l’ombre, mais mon rôle est majeur. Jean-Luc [NDR régisseur] et Philippe [NDR directeur artistique] me font confiance. » Il a commencé le piano « avec sa mamie à cinq ans ». Aujourd’hui, il joue quotidiennement des morceaux en accordant les instruments, ainsi il sublime le piano, révélant ses nuances : « C’est le raffinement ! Je suis assez perfectionniste ! », précise-t-il avant de repartir vers un autre festival !

 

*François Bauer possède un magasin de musique à Orléans

Festival de Sully 19 juin 2019 - Renaud Capuçon et Michel Dalberto - 5 - accordeur de piano en gros plan sur le piano ouvert