Vue panoramique du château de Gien avec la Loire

Redécouvrir les curiosités géologiques du Loiret

23 juillet 2021

Les éditions du BRGM publient un nouvel ouvrage sur la géologie du département. Rencontre avec un des deux auteurs, Pierrick Graviou.

Suite au succès de la première édition, les Éditions du Bureau de recherches géologiques et minières, implanté à Orléans-la-Source, proposent une nouvelle version du guide des Curiosités géologiques du Loiret. En effet, le territoire loirétain présente des régions naturelles aux contextes géologiques bien différents.

Notre département n’est pas montagneux. On y trouve difficilement des affleurements de roche. Alors, pour écrire ce guide, Nicolas Charles et Pierrick Graviou ont « arpenté le département du nord au sud, d’est en ouest, en long en large, en travers… Quand on cherche, on trouve. On a découvert des affleurements. »

L’histoire géologique du Loiret s’inscrit dans celle du bassin parisien qui a commencé il y a 200 millions d’années dans… la mer ! Il en émergeait des îlots issus d’une ancienne chaîne de montagne qui donnera naissance aux Vosges, Ardennes, Massif Central, Massif armoricain. La mer déposait des sédiments sur les fonds marins.

Il y a 100 millions d’années, le Loiret est toujours sous l’eau ! En témoigne des affleurements de craie à silex à Château-Renard, en plein centre-bourg, identique à celle des falaises d’Étretat. Une rue porte même le nom de rue blanche.

La mer se retire il y a 80 millions d’années pour revenir 45 millions d’années plus tard dans le nord et l’est du département. Elle n’y déposera pas de sédiments cette fois-ci mais des particules de sable siliceux. Des sables blancs très fins qui, compactés, donnent du grès. On en retrouve la trace dans le Malesherbois, dans la vallée de l’Essonne, notamment à Augerville-la-Rivière. Suite au retrait de la mer, le Loiret ne s’assèche pas complètement : il reste, il y a 20 millions d’années, un grand lac marécageux que l’on appelle le lac de Beauce. S’y sont déposées des particules de calcaire. On trouve dans le calcaire des fossiles de petits escargots d’eau douce qui prouvent l’origine lacustre et non marine du calcaire.

À la faveur du mouvement des plaques tectoniques, le Massif central bascule du sud vers le nord. Les eaux de ruissellement coulent alors des montagnes vers la plaine loirétaine. Elles déposent argiles et sables en Sologne et au nord de la Loire, sur le calcaire de Beauce. On a ainsi retrouvé des fossiles de crocodiles, de tortues et de rhinocéros dans ces dépôts, prouvant le climat tropical de la région, il y a 10 millions d’années ! La région reste marécageuse : elle se présente sous la forme d’un grand delta avec des moments de sécheresse puis très humides à la faveur de crues. De très belles collections sont visibles au Mobe et au musée d’Artenay.

Le réchauffement climatique fait partie de l’évolution géologique. La grosse différence aujourd’hui c’est que le réchauffement actuel est dû à l’activité humaine et qu’il est brutal.

Pierrick Graviou
Géologue au BRGM

Les ressources naturelles du département

Qui dit géologie dit explications de l’existence de ressources naturelles sur un territoire. Et, en premier lieu, l’eau. « La nappe phréatique de Beauce, piégée dans le calcaire de Beauce, est une des plus grandes d’Europe. Elle alimente la population loirétaine en eau potable mais permet également d’irriguer les champs de Beauce. »

Autre ressource : les matériaux de construction comme « le calcaire qui affleure en Beauce, au nord du Loiret. Il a par exemple été exploité pour construire la ville d’Orléans, édifiée sur un vrai gruyère de carrières et de souterrains. »

Autre lieu, autre paysage, autre sol, en Sologne, « il n’y a pas de caillou, mais du sable et de l’argile dont les hommes ont fait des briques. On le voit notamment à Ligny-le-Ribault, où les maisons sont construites en briques rouges. Le sous-sol est ainsi souvent visible à travers les constructions humaines. »

Et, étonnamment, une des ressources naturelles du Loiret est… le pétrole ! Exploité vers Chuelles, « il s’est formé il y a 120 millions d’années. On va le chercher à 700 mètres de profondeur. » À noter que son extraction n’est rentable que quand les cours sont hauts, comme c’est le cas actuellement !

Le livre détaille également vingt sites particulièrement pédagogiques, parce que « raconter une histoire géologique, ce n’est pas seulement montrer des roches ». C’est aussi présenter des sites dans leur globalité. La source du Loiret, par exemple. « En période d’étiage, on distingue nettement un bouillonnement qui correspond à une résurgence de la Loire qui perd ses eaux plus en amont vers Jargeau. On y voit l’eau de la Loire disparaître dans une sorte de petit gouffre pour réapparaître 15 kilomètres plus loin, au parc floral, et donner naissance au Loiret. » Autre site géologique majeur dans le département : les eaux bleues et les sables d’or de Tavers. « Ce sont de petits bassins d’eau douce dans lesquels flottent des particules de calcaire qui reflètent le soleil. Les particules sont mises en mouvement par des sortes de petits volcans par lesquels l’eau de la nappe remonte sous pression. »

Un guide qui, selon Pierrick Graviou, incite les gens à sortir et à aller se balader !

Les changements climatiques d’origine naturelle se faisaient sur une période de un à deux millions d’années. Les êtres vivants avaient le temps de s’adapter.

Pierrick Graviou
Géologue au BRGM

Curiosités géologiques du Loiret, 2e édition, écrit par Nicolas Charles et Pierrick Graviou, BRGM éditions, 19 €
(ISBN : 978-2-7159-2743-8)

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