Vue aérienne de champs vers Saint-Denis-de-l'Hôtel

Zoom sur l’archéologie préventive au Département du Loiret

18 septembre 2019

Les travaux d’aménagement présentent le risque de détruire ou de masquer le patrimoine archéologique. Alors, avant que les engins de construction n’entrent en action, les archéologues du service d’archéologie préventive du Département du Loiret entrent en scène ! Nous les avons suivis.

Un technicien et un engin sur un chantier de fouilles archéologiques
Un technicien et un engin sur un chantier de fouilles archéologiques

Avant la construction d’un bâtiment, d’une route, d’une zone commerciale, etc., les terrains peuvent être examinés par une équipe d’archéologues, sur arrêté du Service Régional de l’Archéologie, représentant l’État. Pour les aménagements du Département du Loiret, c’est l’équipe du service d’Archéologie préventive qui s’en charge. Elle réalise aussi des opérations archéologiques pour d’autres aménageurs publics ou privés sur appels d’offre. « L’archéologie préventive fait partie du calendrier de l’aménagement, explique Amélie Laurent, responsable d’opérations archéologiques au service d’Archéologie préventive du Département du Loiret. Il faut anticiper au maximum afin de préserver le patrimoine avant que les travaux ne démarrent et de concilier études archéologiques et aménagement du territoire. »

À l’étape du diagnostic, environ 10 % de la surface totale du terrain est ainsi passée au crible pour caractériser les éventuels vestiges. La pelle mécanique (« le prolongement de la main » des archéologues !) va ouvrir des tranchées espacées de 20 mètres. Sous la direction des archéologues, elle creuse avec une méticulosité étonnante pour un engin de cette taille jusqu’à ce que les vestiges potentiels affleurent ou qu’elle atteigne le substrat naturel. Les scientifiques entrent alors en action et fouillent les structures archéologiques mises au jour !

Fouiller les poubelles de l’Histoire

« On fouille les poubelles de l’Histoire, sourit Amélie, évoquant ainsi ces fossés où ont été abandonnés des déchets, des restes et qui ont été comblés par la suite… La forme de ces fossés et ce que l’on va y trouver vont permettre de les dater. Par exemple, nous trouvons souvent des morceaux de céramiques qui, par leur aspect, leur forme, la méthode de fabrication utilisée nous permettent de déterminer grâce à des référentiels l’époque à laquelle elles ont été réalisées. Notre rôle est de recenser le plus d’informations possible avant que le site ne soit recouvert par une construction quelconque. Identifier ce que les habitants de l’époque mangeaient (grâce aux ossements animaux), ce qu’ils utilisaient (vaisselle en céramique, objets en fer…) nous permet de retracer la vie quotidienne de l’époque. Même les objets ordinaires peuvent être extraordinaires pour nous. »

En plus de collecter le mobilier, les archéologues font des relevés manuels à l’échelle 1/20e sur calque et papier millimétré des vestiges présents sur le site. Ils sont aussi relevés en topographie afin d’enregistrer leurs coordonnées GPS. Chaque élément ramassé est identifié par un numéro. L’ensemble des informations de terrain est consigné dans un cahier d’enregistrement : numéro de tranchée, description des sédiments, type d’objet, etc. « On note tout ce que l’on fait. », résume Amélie.

Au bureau, le travail de l’archéologue continue

Une fois le travail de terrain achevé, une autre phase de recherche au bureau prend le relais : la post-fouille ! Le mobilier archéologique est lavé, séché, conditionné en sachet et étudié. Les données de terrain sont analysées et enregistrées en base de données. Un rapport est rédigé : il comprend une description du chantier, du mobilier et des vestiges. « C’est une grosse synthèse de ce qu’on a trouvé, commente la responsable d’opérations archéologiques. On est en lien avec les Archives où on consulte les actes notariés, les documents du cadastre… On croise les données. On ne travaille pas dans notre coin, on a besoin des autres services, notamment ceux qui réalisent l’aménagement dont il est question : la direction des routes, celle de l’éducation… »
L’équipe utilise également utilise l’outil SIG* à partir des données topographiques prises sur le terrain. Elle réalise des plans du site ainsi que des cartes de répartition par période, par type de vestige ou encore par objet. Enfin, elle s’occupe de « tout remettre en perspective et de positionner le site par rapport au contexte archéologique et historique local. »

« Notre travail permet de mieux comprendre le territoire, indique Jean-Michel Morin, responsable du service d’Archéologie préventive. Il informe sur son évolution, dans la durée, et permet de répondre à la question suivante : "Comment l’homme a modelé son territoire au cours des 3-4 derniers millénaires ?" »

Le rapport est alors envoyé au Service Régional d’Archéologie qui décide ou non, selon l’intérêt du site constaté, de pousser plus loin en réalisant une fouille.

Dernière étape et non des moindres : restituer les résultats des fouilles auprès du grand public, toujours friand de ce genre d’informations !

 

*SIG : Système d’Information Géographique. Outil de localisation de données dans l’espace, il est utilisé dans de nombreux domaines, notamment en archéologie.

 

Mélanie Potau

Le service d'Archéologie préventive aux Journées du Patrimoine

Dimanche 22 septembre, de 14 h à 18 h, dans le cloître des Minimes des Archives départementales, les archéologues du service d'Archéologie préventive du Département du Loiret présenteront des jeux et une mini-exposition "Recycl’âge, une archéologie du déchet" à destination des enfants et de leur famille.

6 rue d'Illiers à Orléans