Vua aérienne de la basilique de Cléry-Saint-André

Loiret : le Cercil a trente ans

17 septembre 2021

À Orléans, voilà trente ans que le Cercil-Musée Mémorial des enfants du Vel d'Hiv a ouvert ses portes, en cette année où l’on commémore les quatre-vingts ans de la rafle du billet vert. Ce centre de recherche et d’histoire est consacré à l’histoire des camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande et de Jargeau. Son but ? Que la mémoire reste vivante.

Loiret : Le Cercil a trente ans

Vous êtes invités à participer à l’évènement organisé autour de l’anniversaire des trente ans de la création du Cercil. Une soirée se tiendra mardi 21 septembre à 18 heures, au musée mémorial des enfants du Vel d’Hiv*. Elle débutera par la projection du film Sortir de l’oubli, suivie d’une rencontre avec Hélène Mouchard-Zay et Éliane Klein, fondatrices du Cercil, et des témoins ayant participé au documentaire.

Que trouve-t-on au Cercil ?

Le Cercil étant un centre de recherche, de ressources et une bibliothèque, sont sauvegardés, conservés, archivés ou exposés documents d’archives, photographies, journaux, parole des victimes et des témoins, actualités filmées, émissions de radio, objets fabriqués dans les camps… Tous concernent l’histoire de l’internement et la déportation de 16 000 Juifs dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande et celui de Jargeau où ont été emprisonnés 1 200 Tsiganes, forains, prostituées et prisonniers politiques. L’objectif est d’expliquer comment le mécanisme de la Shoah s’est développé. Le Cercil a donc aussi un rôle pédagogique. 
Dans la cour du musée, est installée une baraque où ont vécu des prisonniers, trace de cette histoire loirétaine. Des visites sont régulièrement organisées sur les lieux à Pithiviers, Beaune-la-Rolande et Jargeau où ne subsiste aucun vestige.

Le Cercil nous invite à regarder l’histoire et la mémoire des camps du Loiret - inauguration du Cercil

Le 27 janvier 2011, lors de l’inauguration du Cercil, devenu Cercil-Musée Mémorial des enfants du Vel d'Hiv, l'ancien président de la République Jacques Chirac, en hommage à son discours du 16 juillet 1995, Simone Veil, soutien du musée dès sa création, Serge Klarsfeld et plus de 1 500 personnes étaient présentes. Cette date commémore également la Journée mondiale dédiée à la mémoire de la Shoah.

Rencontre avec Hélène Mouchard-Zay, à l’origine du Cercil

Le Cercil, Centre d’étude et de recherche sur les camps d’internement dans le Loiret, a été fondé en 1991 à Orléans par Hélène Mouchard-Zay et Éliane Klein, amies d’enfance. Elles ont été aidées, entre autres, par Serge Klarsfeld, historien, créateur de l’association Fils et filles de déportés juifs de France, et d’Henri Bulawko, journaliste, déporté à Auschwitz. 

« J’ai été élue avec Jean-Pierre Sueur à la mairie d’Orléans en 1989. J’ai été alors alertée par Éliane Klein qu’il s’était passé des choses importantes, lors de la Seconde Guerre mondiale, à quarante kilomètres d’Orléans qu’on ignorait. Entre 1941 et 1943, deux vagues successives d’arrestations de Juifs ont été organisées par le Gouvernement de Vichy. Les prisonniers ont été retenus dans les camps du Loiret, à Pithiviers, Beaune-la-Rolande et Jargeau. 
D’abord, le 14 mai 1941, la rafle du billet vert : la police française a convoqué et arrêté des Juifs étrangers, qui passeront par les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, avant d’être déportés à Auschwitz, en juin et juillet. 
Puis, suite à la rafle du Vel d’Hiv de juillet 1942, organisée par l’État de Vichy, avec le concours de policiers et gendarmes français, 7 600 personnes, dont 4 000 enfants, s’entassent dans les baraques loirétaines où rien n’est prévu pour les accueillir (ni vêtement ni médicament…). Les familles sont ensuite violemment séparées : les adultes sont déportés et les enfants restent seuls. De ces derniers, il ne reste aucun survivant : ils sont déportés et, au même titre que les vieillards, n’entrent pas dans les camps de concentration, mais sont immédiatement exterminés. 
Nous avons fait, avec Éliane Klein le constat qu’il ne restait aucune mémoire de tout cela, ni nationale ni locale. Pourtant, ces épisodes sont l’illustration de la responsabilité criminelle de Vichy, de sa complicité avec les nazis : la préfecture d’Orléans ordonne les arrestations dans le Loiret, les gendarmes surveillent les camps du Loiret et qui mettent les gens dans les trains. 
Il ne subsistait aucune trace matérielle : les camps ont été détruits. La mémoire n’était entretenue que par les familles et les rescapés qui, chaque année, mi-mai, commémoraient et entretenaient le souvenir. 
J’étais professeure. J’ai étudié les grands textes de la Shoah, pourtant, je n’avais pas entendu parler de tout avant 1990.
Des évènements successifs ont provoqué, notamment chez les gens de ma génération pour qui l’antisémitisme était tabou, des chocs :

  • L’attentat de la rue des rosiers, à Paris, le 9 août 1982 ; 
  • La profanation de tombes juives à Carpentras, 10 mai 1990 ;
  • La publication, le 15 mai 2003, par l’Express d’un article d’Éric Conan intitulé Enquête sur un crime oublié. Article d’une dizaine de pages qui raconte l’histoire de la rafle du Vel’ d’Hiv’, y compris celle des enfants. 

Avec Éliane Klein, à l’époque déléguée régionale du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), nous avons été choquées, comme tout le monde, et nous évoquons la possibilité d’agir. Elle alerte Serge Klarsfeld. Jean-Pierre Sueur est d’accord avec l’idée. Nous créons alors, en 1991, le Centre d’étude et de recherche à Orléans. Nous recherchions des témoignages, c’était urgent car certains rescapés étaient encore en vie, mais au fil du temps, ils étaient de moins en moins nombreux. Nous recueillions tous les documents, consultions les Archives départementales (dont certaines avaient été supprimées) et privées, tout cela en lien avec toutes les communes du Loiret. Nous avons par exemple appris qu’à Bouzy-la-Forêt, des enfants avaient été arrêtés. Par ailleurs, nous souhaitions aussi valoriser l’action des Justes : un orphelinat d’Orléans et des fermiers ont caché des petites filles.

La mairie d’Orléans nous prête des locaux à Saint-Pierre-le-Puellier, nous donne une subvention, détache Nathalie Grenon, qui a été directrice du Cercil. Simone Veil, qui nous a soutenu dès le début et a toujours répondu présente, inaugure la première exposition du Cercil, le 15 juin 1992. Là, des visiteurs reconnaissent des gens sur les photos, d’autres nous demandent de trouver des informations sur des disparus… On constate alors que la grande histoire se nourrit de la petite histoire, et vice-versa.

Cette exposition tourne partout en France. Mais à Orléans, elle n’est pas installée en permanence, faute de local. Pour cette même raison, nous ne pouvons pas accueillir les scolaires. Nos interventions se font hors les murs. Après négociations, la mairie d’Orléans libère et réhabilite les lieux de cette ancienne école où le Cercil se trouve toujours. Et parce que la mémoire est fragile, il faut l’ancrer dans la pierre. Ce lieu est ouvert toute l’année. Un travail de conception et de scénographie est fait. Nous créons un mémorial où sont exposées les photos des enfants assassinés. Et lorsque nous ne les possédons pas, nous inscrivons les noms. Nous faisons un travail de recherche énorme !

Alors, les classes viennent, toujours accompagnées suivant leur âge. Nous leur donnons les moyens de réfléchir et d’en tirer quelque chose pour aujourd’hui.

Pendant cinquante ans, la France avait valorisé la Résistance, mais occulté les autres épisodes moins glorieux. Certaines personnes nous demandent de tourner la page. Mais pourquoi faut-il la tourner ? Avant, il faut l’écrire et la lire !

Édith Combe

Évènement

Mardi 21 septembre,

à l’occasion de l’anniversaire des trente ans de sa création,

le Cercil organise la projection du film Sortir de l’oubli à 18 heures

suivie d'une rencontre avec Hélène Mouchard-Zay et Éliane Klein, ses fondatrices
et les témoins ayant participé au documentaire

cocktail à 20 heures

réservation obligatoire au 02 38 42 03 91