Vue aérienne de champs vers Saint-Denis-de-l'Hôtel

Loiret : pourquoi les viticulteurs jouent-ils du sécateur ?

14 janvier 2022

Coteaux du Giennois ou Orléans-Cléry… vous aimez le vin* du Loiret ? Sachez que toute l’année les viticulteurs travaillent d’arrache-pied pour régalez vos papilles. En ce moment, c’est l’heure de la taille d’hiver, une phase fondamentale.

Loiret : découvrez pourquoi les viticulteurs jouent du sécateur - taille vigne

« Cela fait un mois que nous avons commencé la taille d’hiver », annonce Pascal Javoy, installé à Mézières-les-Cléry. Le viticulteur manie du sécateur jusqu’à mi-avril. « Nous sommes deux à tailler sur un domaine de 19 hectares. » Ce travail, qui commence début novembre dès que les feuilles sont tombées, prend beaucoup de temps. Cette étape capitale est une opération minutieuse et technique, qui joue sur la qualité de la récolte et la pérennité de la vigne.

« On rabat au bas des souches en laissant dix yeux. À cause du gel de printemps, on laisse deux bois courts et deux longs, au lieu d’un habituellement, en espérant que s’il gèle l’un y échappe. Mais cette méthode de prévention, qui nous donne plus de travail car nous devons faire un second passage, n’est pas fiable à 100 %. »

La taille d’été, elle, débute en juin/juillet. Elle favorise la fructification et améliore le rendement. « Là, on éclaircit, c’est la taille en vert. » 

Pascal Javoy constate, depuis quelques années, les effets du réchauffement climatique, mais il ne change, pour l'instant, rien à sa façon de tailler, contrairement à d’autres vignobles du sud de la France.
 

Une récolte perdue à cause de la météo

Loiret : découvrez pourquoi les viticulteurs jouent du sécateur

Outre le soleil plus chaud et la sécheresse désormais plus régulière, le gel est néfaste pour les récoltes.

« En avril 2021, les bourgeons ayant démarré très tôt, nous avons perdu 70 % de la récolte car le gel a été trop fort (jusqu’à - 6), précoce et a duré longtemps (tout avril), pour que les systèmes de protection soient efficaces.

Ceux-ci le sont lorsque la température descend à - 2 maximum. On installe alors des éoliennes qui brassent et mélangent l’air d’en haut, plus chaud, et l’air d’en bas, plus froid (les gelées de printemps démarrent du bas). On utilise aussi l’aspersion : on arrose les lignes pour englober les bourgeons de glace, ils restent ainsi à 0° et ne gèlent pas. Cette méthode est délicate à mettre en œuvre. Enfin, nous installons les bougies. Mais l’an dernier, rien n’y a fait ! »

Réchauffement climatique : les effets

« Depuis quelques années, les vendanges se font plus tôt. En 2020 et les années précédentes, elles ont eu lieu un mois plus tôt, mi-août. C’est l’un des effets les plus flagrants du réchauffement climatique. »

D'autre part, le soleil chauffe plus les grappes qui donnent des grains plus sucrés, ce qui augmentent le taux d’alcool du vin qui oscille entre 13 et 15°. « C’est trop ! », constate le viticulteur.

Javoy et fils produisent des vins* AOC, appellation d’origine contrôlée. Appellation largement répandue aujourd’hui dans ce domaine  dont le but était, à sa création, de lutter contre la baisse de qualité du vin et la fraude. « Pour l’obtenir, les viticulteurs respectent un cahier des charges précis qui ne prévoit pas encore de planter ici des cépages plus résistants à la sècheresse. » 

Et comme le disait Henri IV : « Bonne cuisine et bon vin*, c'est le paradis sur terre. »

Édith Combe

*à consommer avec modération